L'unité de mesure est désormais la dizaine de milliards d'euros et non plus le milliard. C'est l'héritage du quoi qu'il en coûte. Ne pourrait-on pas espérer que chaque candidat dise quelles seront les recettes associées aux dépenses nouvelles ?

Les promesses de pré-campagnes voient leur coût s'envoler
Les promesses de pré-campagnes voient leur coût s'envoler © Getty / Yulia Reznikov

Il pleut des milliards d’euros sur la pré-campagne électorale, et au rythme où cela va, on peut se demander avec pas mal d’inquiétude où on en sera dans 222 jours, au matin du second tour de la prochaine élection présidentielle...

Depuis quelques jours, c’est un feu d’artifice de dépenses nouvelles, et l’unité de mesure n’est plus le milliard d’euros mais la dizaine de milliards d'euros

Anne Hidalgo promet de doubler le salaire des enseignants : quelques dizaines de milliards d’euros. 

Marine Le Pen et Arnaud Montebourg veulent nationaliser les autoroutes : quelques dizaines de milliards d’euros.

Valérie Pécresse veut baisser les cotisations sociales pour augmenter les bas salaires : quelques dizaines de milliards. 

Jean-Luc Mélenchon veut créer un million d’emplois publics, et Emmanuel Macron -qui a beaucoup dépensé- entre chaque jour un peu plus en campagne : encore des milliards et des milliards.

La prochaine proposition sera sûrement d'inscrire le "quoi qu’il en coûte" dans la Constitution !

Cette foire aux milliards a deux explications

  • La première est que chaque candidat cherche à produire un effet de souffle, de blast, pour que les électeurs le regardent ou même le voient ; 
  • la seconde est évidemment l’argent magique auquel nous avons été habitués depuis 18 mois. La question que j’ai le plus entendue ces derniers mois est « d’où vient l’argent ? », cet argent qui n’existait pas auparavant et qui a coulé à flots pendant la crise sanitaire. 

Techniquement, il est venu de l’argent non dépensé des ménages (leur épargne) et d’investisseurs, et il a été recyclé par les banques et la BCE à des taux d’intérêt très bas. 

C’était exceptionnel, les circuits de financement vont se remettre dans le sens plus ou moins habituel, mais on ne sait pas quand et l’idée s’est installée que l’ardoise magique va continuer de fonctionner -comme aux Etats-Unis, à la différence près que l’euro n’est pas le dollar.

La campagne électorale va donc être sans limite ?

Elle sera très différente de celle de 2017, où les chéquiers avaient certaines limites. Dans le débat électoral de 2022, le minimum serait que deux cordes de rappel existent tout de même. 

  • Un : une dépense d’investissement, faite une fois pour toutes, n’est pas la même chose et engage moins qu’une dépense courante, pérenne, qui revient chaque année ; 
  • Deux : ce serait bien si les candidats évoquaient, ne serait-ce qu’un peu, les recettes qu’ils mettent en face – mais c’est peut-être beaucoup demander. 

Rappelons juste que la dette publique aura augmenté de 600 milliards entre 2017 et 2022