La Commission européenne devait présenter aujourd’hui ses propositions pour financer le plan de relance de 750 milliards, mais surprise, elle a renvoyé le dossier à l’automne. Que se passe-t-il à Bruxelles ?

Il se passe qu’aucune des recettes prévues pour rembourser le plan ne fait consensus. La Commission estime donc qu’il est urgent d’attendre. Cela n’empêche pas le déblocage des fonds – Bruxelles a encore validé hier le plan tchèque, et hormis pour la Hongrie de Viktor Orban, c’est fait ou en bonne voie de l’être dans tour les Etats membres.

Mais l’inquiétude monte sur le deuxième volet de l’accord historique trouvé il y a un an, à savoir l’apport de ressources propres à l’Union européenne. Premier impôt qui coince : la taxe sur le numérique. La réforme sur l’impôt minimum en discussion à l’OCDE est venue couper l’herbe sous le pied des Européens. Les Etats-Unis refusent de voir les Gafa taxés deux fois. Sous la pression, Bruxelles temporise, mais le dossier paraît bien mal engagé. 

Deuxième piste : la taxe carbone aux frontières, mais là encore, Washington voit rouge. Et le déploiement sera de toute façon très lent, au moins sur dix ans. Enfin, la fiscalité verte doit être étendue à de nouveaux secteurs – comme le bâtiment et les transports – mais cette-fois, ce sont de nombreux Européens, dont la France, qui crient au loup, par crainte d’une agitation sociale du type gilets jaunes. Ça fait beaucoup d’écueils. 

Quel est le risque si ces ressources ne se concrétisent pas ?

Les Européens ont encore du temps – le remboursement des 750 milliards ne doit commencer qu’en 2028. Mais le Parlement veut des premières décisions dès 2023. Faute de recettes fiscales, ce sont les Etats membres qui devraient abonder le budget européen. Et pas qu’un peu. Il en coûterait de l’ordre de 5 milliards de plus par an à la France. Mais ce serait surtout un échec politique pour la construction européenne, cette fiscalité commune étant un instrument d’intégration décisif.

L’emprunt solidaire a été une révolution, poussée par Emmanuel Macron. Elle sera sans lendemain si son remboursement se transforme en boulet. Ce sera un enjeu clef de la présidence française de l’Union européenne, début 2021, Paris prônant des investissements bien plus ambitieux.   

En attendant, le plan de relance du gouvernement se déploie à vive allure…

Matignon a transmis hier un bilan d’étape au Parlement, qui confirme le succès des nombreux guichets ouverts : rénovation des logements, prime à la conversion pour les voitures électriques, digitalisation des PME… Quelque 40 milliards, sur les 100, ont déjà été engagés. Et le gouvernement estime que l’essentiel des projets auront été lancés avant la fin de l’année, alors qu’un étalement était prévu sur deux ans. De quoi justifier le futur plan d’investissements promis par le chef de l’Etat pour septembre.

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  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter