Emmanuel Macron a annoncé la défiscalisation des pourboires dans la restauration. Il n'y a aucune raison de faire payer par le contribuable des salaires qui n'attirent pas.

Défiscalisation des pourboires
Défiscalisation des pourboires © Getty / 10'000 Hours
  • Concrètement, les pourboires payés par carte bancaire ne seront plus considérés comme un revenu imposable pour les serveurs, et les patrons n’auront pas à payer de cotisations sociales dessus. Les pourboires, on le sait, peuvent représenter une part élevée des revenus.

Je vais expliquer dans un instant pourquoi cette idée me semble bizarroïde, mais avant, il faut dire qu’elle ne vient pas par hasard. 

Si le président l’a eue, c’est que le paiement en espèces, en cash, disparaît, et du coup les pourboires en liquide aussi. Cette crise du Covid a accéléré considérablement l’utilisation, en France, des cartes bancaires. Nous sommes nombreux à payer notre baguette de pain par carte, nos courses en carte, et parfois même notre café … 

En 2019, nous dit la Banque de France, 59% des achats en magasin s’effectuaient en espèces, et 19% par carte : ces chiffres ont de toute évidence beaucoup évolué depuis.

La monnaie est de plus en plus numérique, plus qu’elle ne l’a jamais été

On ne reviendra pas en arrière Mais vous avez aussi dit ... « bizarroïde » ? Oui, j’ai dit bizarroïde. Défiscaliser officiellement les pourboires, c’est un drôle de signal envoyé sur l’argent jusqu’à maintenant non déclaré, « au noir ». 

C’est une façon de dire : pas de problème, c’était normal, c’était légal. Ensuite, il est étrange de chercher à régler les difficultés de recrutement aux frais du contribuable : le meilleur moyen de rendre le métier attractif est normalement d’augmenter les salaires. 

Et là, le message est : n’augmentez pas les salaires, les pourboires compenseront. 

Dans le passé, le secteur de la restauration a déjà été largement aidé, avec notamment des baisses de TVA

Cette fois-ci, il a aussi été soutenu. Une note du Conseil d’analyse économique, qui sera publiée demain, indique que sa situation de trésorerie et de financement est une des meilleures qui soit en ce moment – pudiquement, on dit qu’il y a eu de la surcompensation, en clair il a (globalement) gagné de l’argent.

Mais oui ! Enfin, on pourrait évoquer l’amertume d’autres professions où le pourboire est un complément réel de revenu, les coiffeurs, les taxis, les Uber etc. Alors, dira-t-on, l’Etat ne perd pas d’argent, puisqu’il n’en gagnait pas auparavant avec les pourboires en liquide non déclarés. 

C’est l’argument présidentiel, je le cite : c’est une mesure qui ne coûte rien puisque, aujourd’hui, çà ne marche pas. Factuellement, c’est peut-être exact, mais avec cet argument, tous les fraudeurs fiscaux et sociaux vont se presser à la porte de l’Elysée.