La filière du lait bio est en crise : l'offre excède la demande. Ce cas particulier pose la question des prix que les consommateurs sont prêts à accepter pour avoir davantage de qualité.

Les déboires de la filière bio
Les déboires de la filière bio © Getty / Enrique Díaz / 7cero

Les déboires actuels du lait bio illustrent l'une des questions importantes de l’époque : comment inciter les consommateurs à consommer mieux, à consommer plus écologique, à consommer plus proche de chez soi, bref à monter en gamme (comme on dit), s’ils n’acceptent pas, dans la vie réelle, de payer plus cher ?

De quoi parle-t-on ? De ceci : il y a actuellement une surproduction de lait bio et la demande ne suit pas. 

Cette surproduction a deux causes : 

  • conjoncturellement, il a beaucoup plu, il y a donc plus d’herbe grasse qui plait à nos vaches bio, qui font couler le lait bio à flot ; 
  • structurellement, beaucoup d’éleveurs se sont convertis au bio ces dernières années et du coup, raconte ma consœur des Echos Marie-José Cougard, Lactalis, Sodiaal (entre autres) font face à des surplus. Car en face, les ventes de lait bio diminuent et la part de marché plafonne entre 5 et 15% selon les sources. 

Pourquoi les clients rechignent-ils ?

Parce que le bio est plus cher et pas qu’un peu : 

il est payé au producteur dix centimes de plus le litre que le lait conventionnel (sans d’ailleurs, disons-le au passage, que l’éleveur gagne vraiment mieux sa vie), et avec les coûts de transformation et de distribution, dans les grandes surfaces, le litre UHT bio coûte 1,21 euro. Contre 0,79 euro pour le lait conventionnel. 

Le choix de la qualité est formidable sur le papier, mais les pays qui nous entourent continuent de faire du volume et alors que la filière laitière tricolore avait il y a dix ans un excédent commercial d’un milliard d’euros par an, l’excèdent a fondu comme une motte de beurre au soleil : il n’y en a plus. 

Au-delà du lait, cette question de la qualité versus le prix concerne beaucoup de secteurs

L’électricité verte est encore souvent plus chère, une voiture électrique est plus chère qu’une autre à moteur thermique, les billets d’avion seront plus chers si des taxes carbone arrivent, isoler sa maison coûte cher etc. etc.

Les Gilets Jaunes ont montré qu’il y a un plafond de verre à la montée des prix, pour raison écologique. Eh bien, sur la plupart des sujets, il y a ceux qui peuvent dépenser plus et ceux qui ne peuvent ou veulent pas. 

La leçon du lait bio est simple : de même qu’il n’est pas possible de faire boire un âne qui n’a pas soif, ce sont les consommateurs qui décident à la fin.