Ces dernières semaines, les acteurs publics et privés se sont mobilisés pour éviter le rachat par une entreprise américaine d'une start-up qui a mis au point un matériel médical d'échographie très peu cher.

Les principes c'est bien, la déclinaison pratique c'est mieux. 

Reconquérir la souveraineté industrielle et scientifique : Emmanuel Macron en a encore parlé lundi soir quand il s’est adressé à 22 millions de téléspectateurs. 

Mais, disons-le, ramener ici la fabrication du paracétamol a un intérêt limité. En revanche, faire en sorte que des innovations prometteuses restent en France, trouvent des financements privés et publics, et rencontrent leur marché, çà c’est nettement plus intéressant. Ces dernières semaines en ont apporté l’illustration. On pourrait en évoquer d’autres, mais on va citer un exemple. 

Le gouvernement, les hôpitaux de Paris (l’AP-HP) et des investisseurs se sont mis en quatre pour aider une start-up médicale, Echopen, qui a inventé un appareil léger d’échographie. Cet appareil, issu de 5 ans de recherche-développement, est connecté à un smartphone et est proposé au prix très bas de 500 euros – alors que ses concurrents coûtent plusieurs milliers d’euros. 

Concrètement, il pourrait permettre aux services d’urgence, aux pompiers, voire aux médecins généralistes, d’établir un premier diagnostic rapide sur beaucoup de pathologies : son dirigeant, le médecin Medhi Benchoufi, pense que cet appareil peut devenir le stéthoscope du XXIème siècle, en France et dans le monde entier. 

Mais voilà, pour se développer, il faut de l’argent. Et Echopen a « ramé » (comme on le dit) un certain temps, jusqu’à ce qu’un concurrent américain propose de racheter le projet pour plusieurs dizaines de millions de dollars. C’était en mai. 

Eh bien, l’offre américaine a été refusée, l’AP-HP, les hôpitaux de Paris, est entrée au capital à hauteur d’un demi-million d’euros, ce qui est une première, plusieurs ministères ont dit banco, la BPI aussi et des investisseurs privés ont rappliqué. Aujourd’hui, le tour de table est bouclé. 

Quelles leçons en tirer ?

Je ne sais absolument pas si cet appareil, une sonde low cost, tiendra ses promesses médicales et industrielles. L’avenir seul le dira et on a connu nombre de déceptions. 

Mais 1- quand les opérateurs publics et privés se mettent autour d’une table, à condition que cela soit avec des critères financiers sérieux, cela peut fonctionner. 

Et 2- la French Tech, l’éco-système technologique tricolore, a fait de grands bonds en avant ces derniers mois. Mais nous avons encore collectivement du mal à croire que la France peut revenir dans la course sur l’industrie – et le matériel médical, c’est de l’industrie. C’est cela qu’il faut changer. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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