Le ministère de la Santé a publié hier le bilan des comptes de la santé pendant la crise du Covid pour l'année 2020. Les patients n'avaient jamais autant déboursé pour être soignés, mais ils ont renoncé à des soins.

Acause du Covid-19, nous nous sommes moins soignés
Acause du Covid-19, nous nous sommes moins soignés © Getty / Luis Alvarez

Pour l’année 2020, c’est-à-dire le moment le plus fort de l’épidémie. C’est intéressant parce que l’on voit dans les dépenses de santé à la fois les traces de cet événement inouï qui a bouleversé nos vies, et les caractéristiques de notre système, de notre « modèle ». *

L’année dernière, notre pays a consacré 209 milliards d’euros à notre santé, soit plus de 3.000 euros pour chacun d’entre nous -même si cette moyenne ne veut rien dire du tout – mais trop tard c’est dit. Le point à relever est que ce n’est pas une enveloppe en hausse. 

C’est même, en volume de soins, un recul (-4%) pour la première fois depuis … 1950 – et sans doute depuis toujours.

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Cela veut dire que, à cause du Covid, nous nous sommes moins soignés – comme on le craignait. Moins de dentiste, moins d’ophtalmo, moins de kiné, moins de transports sanitaires, moins de médicaments, bref un peu moins de tout – à cause des confinements et de la crainte de se déplacer. 

Même à l’hôpital, les déprogrammations et les reports d’opérations non urgentes ou de rendez-vous ont été importants : le volume de soins a reculé de 8%.

Il faudra du temps pour savoir quelles en sont les conséquences sur notre santé.  

Il y a un second point

Le second point est que jamais non plus notre système de santé n’a été autant « collectivisé ». 

Ce que l’on appelle le reste à charge, l’argent qui sort directement de notre poche pour nous soigner, a atteint lui aussi un plancher historique et mondial, 6% de nos dépenses de santé (202 euros par personne).

Bien sûr, chacun comprend que le premier et le second point sont liés : si on va moins chez les médecins spécialistes moins bien remboursés, on dépense moins … 

Mais tout de même : les chiffres nous disent qu’il n’y a, sur la sécurité sociale, aucune dérive néo ou ultra-libérale de privatisation de la santé.

C’est même exactement le contraire. Dans cette crise, tout a été gratuit.

Et enfin avec un peu de recul, que voit-on ? 

Que les dépenses de santé ont grimpé de 16% ces dix dernières années, ce qui n’est pas rien et ce qui dément le mensonge d’une austérité permanente. 

Mais on voit aussi que la demande en soins des Français et le volume des actes ont, eux, augmenté encore plus vite, ce qui explique la tension qui pèse depuis des années sur les personnels médicaux. 

Si on veut dépenser plus, il faudra trouver l'argent ailleurs. Mais où ?