La suspension de la réforme est un revers pour le gouvernement, qui souhaitait qu'elle entre en vigueur le 1er juillet. Ledit gouvernement a fait des erreurs, mais les problèmes qu'il cherche à résoudre sont bien réels.

Cette réforme, rappelons-le, veut pousser salariés et employeurs à préférer les contrats de travail longs, au lieu d’alterner les périodes de travail et de chômage indemnisé aux frais de la collectivité. 

Le moyen ? Que la seconde solution, les allers-et-retours subis ou choisis, rapporte moins que la première, avec au passage des économies.

En fait, le gouvernement a fait deux erreurs

D'abord, une erreur tactique (ou politique si vous voulez) : les règles devaient changer le 1er juillet pour les salariés, mais seulement en septembre 2022 pour les entreprises, avec le tout début du bonus-malus. C’est ce qu’on appelle un "En même temps" (ou un donnant-donnant) mal calibré. 

L’autre erreur est de communication. Les pouvoirs publics annoncent qu’ils vont refermer en douceur le tuyau d’arrosage du chômage partiel et du Fonds de solidarité pour ne pas bousculer une économie convalescente, et ils donnent l’impression de refermer d’un coup sec le robinet sur les demandeurs d’emploi – même si c’était en réalité progressif. 

Alors, une fois cela dit, il y a l’explication étrange que donne le Conseil d’Etat pour suspendre : ce n’est pas le moment de réformer, dit-il, l’économie est trop incertaine. 

Si les juges vont sur ce terrain-là, celui de l’opportunité, à la place des politiques élus, franchement, c’est un territoire démocratiquement risqué. 

Une fois tout cela dit, il reste bien sûr le fond de l’affaire

C’est-à-dire ? Objectivement, dix rapports l’ont montré, il existe des cas de figure où employeurs et/ou salariés ont un intérêt bien compris à jouer des failles et de la générosité du système d’assurance-chômage, y compris en rajoutant le RSA dans la boucle. 

Ensuite, les difficultés de recrutement existent dans un pays avec un taux de chômage plus élevé qu’ailleurs.

Et enfin il est quand même extraordinaire que depuis dix ans, les comptes du régime d’assurance-chômage n’ont jamais été dans le vert alors qu’un gros million d’emplois ont été créés. 

Constater que la France, nous a dit la Cour des comptes hier, sera probablement le pays qui aura le déficit public le plus élevé de la zone euro en 2024 n’est pas céder à la vulgarité de l’intendance suivra quoi qu’il en coûte.

Dans un pays normal, personne ne devrait s’en laver les mains mais je reconnais qu’au prix où est le milliard d’euros aujourd’hui, tout cela n’intéresse absolument pers

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  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter