Le gouvernement a présenté hier au Parlement les grandes lignes de son projet de loi de finances pour 2022, et la meilleure preuve que le quoi qu’il en coûte a encore de beaux jours devant lui, c’est que ce débat a eu un écho médiatique disons mitigé -pour rester aimable.

La vraie-fausse sortie du "quoi qu’il en coûte". Ici le Ministère des Finances à Bercy à Paris.
La vraie-fausse sortie du "quoi qu’il en coûte". Ici le Ministère des Finances à Bercy à Paris. © AFP / Rosine Mazin / Mazin Rosine / Aurimages

En clair, il n’a intéressé personne.

Et s’il n’a intéressé personne, c’est que nous sommes shootés aux milliards d’euros et que l’addition crise sanitaire année présidentielle à venir crée un cocktail non pas détonnant, mais anesthésiant.

Il y a quelques semaines, Bruno Le Maire et Olivier Dussopt, les ministres de Bercy, avaient été malins : ils avaient fuité que les autres ministres leur demandaient 22 milliards de dépenses supplémentaires – hier, ils leur en ont accordé 10, et du coup ils ont l’air dur. 

En fait, ce n’est pas dur, 10 milliards c’est beaucoup !

Ce qui est certain, c’est que faire rentrer le dentifrice dans le tube, ou l’oreiller dans la valise (au choix), est difficile. 

Un exemple parmi cent : depuis un an, les repas pris par les étudiants dans les restaurants universitaires leur coûtent un euro (au lieu de 3 euros 30). 

La quasi-gratuité a été d’abord appliquée aux étudiants boursiers puis à tous. Fallait-il, faut-il, remonter les prix des repas maintenant que la vie reprend un cours plus normal et que les étudiants peuvent reprendre leur mini-jobs ? 

Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, voulait qu’ils restent à un euro pour tous, Bercy a obtenu qu’ils restent à un euro seulement pour les boursiers et les jeunes précaires, soit entre 30 et 40% des étudiants. 

C'est remonté à Matignon. Coût : 40 millions. 

Cela n’a l’air de rien évidemment, mais une goutte d’eau après l’autre, les finances de l’Etat deviennent facilement un puits sans fond.

D’autres dispositifs d’urgence ne seront en revanche pas reconduits l’an prochain, ce qui est logique puisque le pouvoir d’achat et l’emploi se sont nettement moins dégradés que cela n’avait été craint.

Votre conclusion ? 

La conclusion, c’est que c’est le budget 2023 qui commencera peut-être à tourner la page du quoi qu’il en coûte – mais cela dépendra bien sûr de celui ou celle qui sera installé à l’Elysée. 

D’ici là, on verra si les questions budgétaires suscitent à nouveau l’intérêt y compris des commentateurs : depuis le 1er janvier, je n’y ai consacré que quatre éditos sur environ 130 – ce qui est un ratio, pour un chroniqueur économique, très – peut-être trop- faible.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter