La conquête spatiale nous a habitués à mettre en scène les ambitions d’une nation. Or, pour la première fois, le monde entier s’est passionné pour les exploits d’une fusée privée.

SpaceX, la fusée d'Elon Musk, décolle du Kennedy Space Center ce 30 mai 2020,
SpaceX, la fusée d'Elon Musk, décolle du Kennedy Space Center ce 30 mai 2020, © Getty / Paul Hennessy/SOPA Images/LightRocket

29 juillet 1958, le président Eisenhower signe le Space Act qui donne naissance à la NASA. La guerre froide gravit sa pente ascendante. Or, l’agence spatiale n’a pas été seulement pensée pour doubler les Russes dans la course aux Etoiles, mais aussi pour faire triompher l’image de l’Amérique. 

La NASA, un outil de com’ surdimensionné, une machine de guerre médiatique au sens propre du terme, l’un des piliers du « soft power » américain. D’ailleurs, l’essor de la NASA coïncide avec celui des médias de masse. 1969, un Yankee marche sur la Lune. Il y plante la bannière étoilée. 500 millions de personnes le regardent à la télé. 

Depuis, la NASA a équipé le moindre de ses robots de caméra et de fils Instagram ou Snapchat, de chaines Youtube ou TikTok. Bref, elle alimente plus de 500 comptes sur une vingtaine de réseaux différents. Il en va de sa survie politique. Le « soft power », oui, mais la Nasa doit également convaincre chaque année les Sénateurs américains de revoter son budget. 

Seulement voilà, l’État se désengage. Les premiers contrats avec des opérateurs privés voient le jour. Et la communication de la Nasa change d’objet. C’était frappant, ce week-end. Les live de la Nasa permettaient de suivre en temps réel le décollage de la capsule Crew Dragon, puis son amarrage à la station ISS. Spectacle somme toute quasi banal. Donald Trump assiste au lancement : indifférence. C’est en Amérique que ça se passe : indifférence. Il n’y a qu’un seul et unique héros médiatique, pendant deux jours, Elon Musk, l’entrepreneur qui a conçu la fusée et financé ce premier vol privé. Son nom est martelé dans le monde entier. Pendant ce temps, l’Amérique, s’enfonce dans le chaos des émeutes raciales. Un exploit spatial n’y peut plus rien changer. Ni dans le regard des Américains, ni dans celui des étrangers. 

Voilà, nouveau paradigme. La privatisation de la recherche spatiale fait de la NASA une machine publicitaire au service d’un homme, et plus d’un État-Nation. Elon Musk a coiffé au poteau Richard Branson et Jeff Bezos. L’Espace n’est plus est une affaire de blocs politiques qui s’affrontent, ni même de pays qui se font la course, mais de milliardaires qui rivalisent. Qui vous parle de marché et de rentabilité ? L’Espace, c’est l’ultime opération de communication d’individus qui veulent dominer la planète. Les États-Unis d’Amérique ont déjà essayé. A l’époque, ça avait marché. 

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