Ce matin, focus sur un nouveau mode de financement des médias en ligne, le "membership", modèle choisi notamment par le site Streetpress.

Le mot peut sembler barbare mais il est précieux pour comprendre le virage qu'est en train d'amorcer la presse sur internet. Vous connaissez tous cette situation frustrante : on tombe sur un article qui nous intéresse, on s'y plonge, et au bout de quelques lignes, patatras : il faut s'abonner pour lire la suite. Ou acheter juste cet article. Sur d'autres sites de journaux, comme celui des Échos, de l'Express, du Parisien, on vous offre quelques articles gratuits, histoire de vous appâter, et ensuite, même chose : il faut payer.

Certains médias, au contraire, ont fait le choix de rester gratuits. Ils se financent grâce à la pub, mais aussi, souvent, grâce à de la production de contenus pour des marques ou des institutions. C'était le cas, jusqu'ici, de Streetpress

Streetpress est un site d'info en ligne qui cible un lectorat plutôt jeune et urbain. Un média qui fait un gros travail journalistique sur les quartiers populaires, sur la culture hip-hop (les interviews de rappeurs affolent les compteurs de clic). On lui doit aussi des enquêtes sur l'extrême droite, sur le Pôle Emploi et j'en passe. Pour financer tout ça, la rédaction s'appuie sur son agence de contenus, qui réalise par exemple des vidéos pour des ONG ou des institutions, comme la Croix Rouge Française ou le syndicat des internes en médecine. Bref, de la com' pour payer les journalistes. 

Mais au bout de dix ans d'existence, Streetpress veut passer à un modèle plus sain. Un modèle qui permette de rester accessible à tous, en toute indépendance. Pour cela, il faut des donateurs. Et c'est là que le "membership" s'impose. Une idée inspirée du Guardian, au Royaume Uni et de The Intercept, un média d'investigation américain.

Dans l'appel aux dons que vient de lancer Streetpress, on ne vous propose pas de devenir un abonné mais un "supporter". Oui, comme au foot. Vous n'avez aucune garantie que votre équipe gagnera la ligue des champions, mais vous la soutenez ! C'est une façon de transformer le lecteur en un militant. 

Un autre site d'info français, baptisé Disclose (dont on a entendu parler récemment pour ses révélations sur les armes françaises vendues à l'Arabie Saoudite et utilisées au Yémen) fait aussi le pari du "membership". En partant du principe que le journalisme d'investigation est une cause comme une autre. Une cause qu'il faut défendre. 

Petit bémol : la culture du mécénat est très forte chez les Anglos-Saxons, beaucoup moins en France. Mais ce modèle hybride entre le gratuit et le payant est une façon de répondre à cette quadrature du net : le journalisme de qualité, ça coûte cher et ça rapporte peu. 

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