Le photographe de presse agressé à Reims samedi après-midi, se trouve toujours entre la vie et la mort.

Le photographe Christian Lantenois
Le photographe Christian Lantenois © Maxppp / PHOTOPQR/L'UNION DE REIMS

Hier, titre noir sur fond blanc. Pas de photos en une de « l’Union » et de « L’Ardennais ». La rédaction en état de choc. Christian Lantenois, 65 ans, joyeux accro au boulot, toujours prêt à filer au pied levé, connu pour avoir couvert tous les matchs de la région.   

Samedi, une journaliste de permanence reçoit une alerte : ça chauffe à Croix-Rouge. Les rixes entre bandes s’y multiplient. Christian Lantenois propose spontanément d’y accompagner sa consoeur. Seulement voilà, elle choisit une voiture banalisée. Lui, une voiture floquée au nom du journal. Tout s’est passé très vite. Elle le retrouve au sol, grièvement blessé à la tête, perdant du sang, son appareil photo brisé. Au point que le titre va désormais mettre des voitures banalisées à disposition de toutes les équipes. Il ne fait plus bon incarner « LA » presse. 

Et encore, il ne faut pas tout mélanger, corrige Géraldine Boehr-Pastor, qui codirige « L’Union-L’Ardennais » : « Pendant les gilets jaunes, nos équipes en sont régulièrement venues aux mains dans les environs de Charleville-Mézières. Ça a été très difficile de travailler. Ces heurts traduisaient un malaise assez confus vis-à-vis des institutions et des médias. Là, à Croix-Rouge, rien à voir, rien à revendiquer. On les gêne, ils nous chassent, c’est tout. Certains quartiers sont devenus des zones de non-droit. Les tensions y sont extrêmes, notamment depuis que les mesures sanitaires entravent le trafic de stupéfiant ».

"L’Union", ainsi que plusieurs journaux régionaux qui ont manifesté leur inquiétude ce week-end, s’interrogent : Comment continuer à couvrir ces quartiers ? Ils n’en relatent pas seulement les faits divers mais aussi les fêtes d’écoles, les nouveaux arrêts de tramway, l’ouverture des petits commerces. Ils pensent tous que ce lien social fait la différence par rapport à des journalistes de rédactions nationales ne se déplaçant que lorsqu’une situation dégénère. Manifestement, ce n’est plus le cas, le danger est là. Pour autant, a martelé « L’Union » dans un édito impeccable dimanche, pas question de « renoncer » à ces reportages. Ce serait « fermer les yeux, trahir la réalité, abandonner un pan de territoire et ceux qui y vivent ». 

Le journal a choisi de ne pas investiguer pour élucider l’agression de Christian Lantenois. Ils s’interdisent de se rendre à Croix-Rouge pendant deux ou trois jours. Trop à vif, pas assez de recul. Hier, le quartier grouillait de policiers. Le procureur de la République a annoncé l'ouverture d'une enquête judiciaire pour "tentative de meurtre". L’Elysée souhaite voir les auteurs interpellés au plus vite. 

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