Jusqu’à vendredi soir, des millions d’Américains ont suivi l’audition du juge Brett Kavanaugh et de son accusatrice.

Mme Christine Blasey Ford (à droite) a accusé Brett Kavanaugh (à gauche), candidat à la Cour suprême, de l'avoir agressée sexuellement lors d'une fête il y a 36 ans, lors d'un témoignage prononcé devant le comité judiciaire sénatorial américain.
Mme Christine Blasey Ford (à droite) a accusé Brett Kavanaugh (à gauche), candidat à la Cour suprême, de l'avoir agressée sexuellement lors d'une fête il y a 36 ans, lors d'un témoignage prononcé devant le comité judiciaire sénatorial américain. © AFP / SAUL LOEB, WIN MCNAMEE

Un an, jour pour jour, après les accusations à l’encontre d’Harvey Weinstein. Un an au cours duquel le mouvement #MeToo a opéré un déplacement médiatique crucial, passant de la presse écrite à la télévision. 

Une mue qui met en exergue la nature et la fonction de ces deux médias. 

Souvenez-vous, le théoricien Marshall Mc Luhan, 1962, « le message, c’est le médium »,  pas son contenu. Le chemin de fer a transformé l’Amérique, peu importe ce qu’il transportait. Le téléphone a transformé l’Occident, peu importe ce qu’il s’y disait. Chaque médium impose les conditions d’une exposition et d’une écoute qui agencent spécifiquement les consciences. 

La presse, d’abord

Tout début octobre 2017. Enquête du quotidien The New York Times : huit arrangements financiers conclus par Harvey Weinstein pour faire taire huit victimes. 

La même semaine, celle du magazine The New Yorker, treize témoignages de femmes sexuellement agressées par le producteur. 

Les journaux ont permis quoi ? La mise en commun de ces vécus, la naissance d’un récit collectif, le recoupement des faits qui l’étayent, donc le rendent convaincant, et l’anonymat préservé de certaines sources désignées par leurs initiales ou par l’appellation « une ancienne employée ». 

La presse écrite : ce qu’une société peut dire et peut entendre à un instant T. 

La télévision

Toute fin septembre 2018, Christine Blasey Ford raconte devant le Sénat la tentative de viol qu’elle subit, étudiante, de la part d’un candidat à la Cour Suprême. 

Elle affronte seule les caméras de télévision auxquelles elle donne tout : son corps, son visage, son récit, ses hésitations, ses oublis, mais aussi la persistance de sa souffrance trente années après. Même dispositif, même séquence, son violeur présumé lui répond : colère, larmes, il clame son innocence, hurle ce que de telles accusations ont engendré sur sa vie privée. 

L’Amérique regarde cette femme et cet homme dont toute l’existence se joue désormais en direct à la télé. Spectacle inimaginable un an auparavant. 

Le mouvement #MeToo est passé du papier à l’écran. De la lettre à l’image. Du récit à la voix. Du temps long au temps réel. Du passé au présent. « Le message, c’est le médium ».

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