L’algorithme du réseau social ne reconnaît pas les petits garçons à cheveux longs.  

Application Instagram sur smartphone
Application Instagram sur smartphone © Getty / TARIK KIZILKAYA

Et c’est un problème pour leurs mamans qui postent des photos d’eux torse nu, en maillot de bain ou culotte courte. Aux yeux du robot détecteur d’Instagram : cheveux longs + pas de pectoraux = fille. Or, fille dévêtues en haut = tétons à l’air. Et tétons à l’air quelque soit l’âge = censure. Résultat, une mère en colère a lancé un mot clé de protestation : #longhairboyrevolution qui signifie « la révolution des garçons aux cheveux longs ». Ça s’assortit de clichés qui commencent à pulluler sur le réseau. On y voit des chérubins hilares présenter des pancartes « Cher Instagram. Je suis un garçon. J’ai juste les cheveux longs. Cesse d’effacer mes images ». 

On aimerait dire à ces mère de famille que le mieux serait de ne PAS exposer leur progéniture, surtout moitié à poil et bardé d’un hashtag militant sur un réseau social, car c’est les exposer à moult dangers. Mais bon, tirons-en quelques leçons. 

Cette censure automatique rappelle encore une fois le puritanisme des géants du web américains et l’activisme sur les questions du corps, du genre et du sexe qui s’est développé pour y répondre. Mais elle illustre surtout combien l’intelligence artificielle n’est pas si intelligente que ça. D’abord, un robot ne fait qu’appliquer bêtement des consignes. Genre, « les petits garçons ont les cheveux courts sinon ce sont des filles ». Ce faisant, il grave dans le marbre et perpétue les préjugés humains les plus répandus

Seulement voilà, n’importe quelle intelligence naturelle est capable de donner un sens à ce qu’elle voit au-delà d’un a priori. Pas la machine. Pour elle, ce n’est pas la notion préconçue qui doit s’adapter au réel, c’est le réel qui doit entrer coûte que coûte dans des catégories prédéfinies. Tant pis s’il y a bien des garçons aux cheveux longs, ils passeront pour filles… 

Ou comment un algorithme est mis en échec par une photo d’enfant… Ou comment l’on comprend que des centaines de milliers de gens dans le monde (humains trop humains et très mal payés) sont employés pour entraîner des intelligences artificielles. Leur tâche consiste à cliquer toute la journée sur des photos de produits ou de personnes jusqu’à ce que les robots sachent les reconnaître tout seul. Ce jour-là, ils fumeront le calumet de la paix et de l’amour, les robots, et ils fonceront à Woodstock avec 50 ans de retard sur les garçons à cheveux longs.  

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