Les journalistes de Libération ont voté hier une motion de défiance à l’encontre de leur directeur de la rédaction, Laurent Joffrin.

Résumé de l’histoire, telle que révélée par la Lettre A, détaillée par Libération lui-même. En 2015, Libé exporte son Forum citoyen au Gabon : tables rondes et débats auxquels la rédaction a exigé que des ONG participent. En outre, les journalistes – très réticents - s’assurent qu’aucun bénéfice ne sera réalisé sur le dos d’un régime autoritaire et corrompu. Seulement voilà, trois ans après, la cellule Tracfin de Bercy, signale un versement par le Gabon de 3 millions et demi d’euros. Le parquet ouvre une enquête.  

On sait encore peu de choses sur cet argent dont la plus grande partie a été absorbée non par le journal, mais par la holding qui détenait Libération à l’époque. Son directeur, Pierre Fraidenraich, est resté dans le groupe qui a racheté Libération. Il vient d’annoncer sa démission. Car il s’avère personnellement mis en cause. Des liens entre ses affaires familiales et le régime gabonais ayant été clairement pointés. Quant à Laurent Joffrin, déjà directeur de la rédaction, il s’est expliqué devant son journal. Il ne maîtrisait pas les détails de cette opération, mais dit avoir « laissé faire ». Les caisses étaient vides.

Ça lui vaut « colère et indignation » des salariés de Libération. Ils ont adopté à 76% un texte réaffirmant combien un tel montage était « contraire à leurs valeurs » et réclamant, à l’avenir, que l’un des leurs obtienne un droit de vote dans les instances dirigeante du journal. Le départ de Laurent Joffrin n’a pas été demandé. Il fragiliserait un titre qui se redresse aujourd’hui avec énergie. Cette motion de défiance n’en était pas moins essentielle. Comment Libération comment pourrait-il publier quoi que ce soit sur les malversations financières des autres s’il ne condamne pas fermement les siennes ? 

Sinon, vous demandez ce que Libé allait faire dans cette galère ? La même chose que Le Monde, Le Figaro, Les Echos, Sud Ouest, Le Parisien, Ouest France… Rencontrer leurs lecteurs et chercher de l’argent. Pourquoi vos quotidiens organisent-ils tous des salons, des forums, des festivals, des rencontres, des croisières ? Parce qu’ils ne vivent plus de leur journaux, mais de leur nom accolé à des événements payants. Les journalistes s’en bouffent parfois les doigts, mais ils n’ont plus le choix.  

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