De Donald Trump à Jawad, dit « le logeur de Daech », vous revenez sur la figure du bouffon dans la presse.

Le bouffon est un échec. Échec du journalisme. Dès lors qu’un homme est appréhendé comme un personnage, et non plus comme une personne, Jawad, ou comme une personnalité, Donald Trump, les médias instaurent un jeu dangereux avec la réalité, au risque de tomber dans un récit au mieux simplifié, au pire fictionné. A l’heure des réseaux sociaux, le récit est fait de mots. Or, les mots des bouffons, si on se contente de les entendre comme des bouffonneries, ne peuvent rien dire. Plus on les répète, plus ils font rire. Plus ils font rire, moins ils peuvent dire. C’est comme ça, il y a des mots qui ne disent pas. 

Le « New-York Times » publie cette semaine deux pleines pages : toutes les insultes proférées par Donald Trump. 

Lecture dont on sort hilare, médusé, complètement asséché. So what ? Un an qu’on liste ces absurdités et vulgarités. Un an qu’on échoue à penser la réalité : Il est le 45è président des Etats-Unis. Ses tweets sont mille fois plus commentés que ses actes. Des mots transgressifs, donc irrésistibles, mais que l’on substitue ses gestes et qui les obstruent.

Même effet pervers des sorties de Jawad pendant son procès ?

Du « sandwich escalope-Boursin » à « Fuck les kangourous », vous les trouverez répertoriées à longueur de sites foireux, comme de sites très sérieux. Ça va des « 10 phrases les plus surréalistes de Jawad Bendaoud » - pour rester dans le registre de l’ahurissement journalistique - au, je cite, « Best of des 10 punchlines de Jawad » pour se vautrer dans la boue d’un spectacle généralisé où l’on assimile la 16 ème chambre du tribunal correctionnel de Paris à une une scène de stand-up.

La faute aux journalistes qui couvrent le procès ? 

    Non. Même s’ils sont si nombreux que dans leurs rangs, certains ne connaissent pas le métier et ne viennent chercher que des bons mots à répéter. D’autres rendent compte de ces audiences avec ampleur et minutie. Reste que le tambour médiatique préférera recracher quelques-uns de leurs tweets plutôt que leurs papiers. Un tweet - une punchline, comme si les mots d’un homme en perdition, suant la détresse, la fatuité et la confusion mentale valait les constructions verbales d’un auteur.

Sachez qu’il y a un monde entre ces fragments de Jawad et l’exercice du chroniqueur judiciaire. Celui-ci ne travaille pas en plan serré sur l’accusé, mais embrasse tout le prétoire. Du président, là devant, à la petite dame du dernier rang. C’est en allant de l’un à l’autre, que se raconte, dans la durée, le long dévoilement de la vérité. La maïeutique nécessaire à l’accouchement d’une réalité judiciaire. Un espace-temps qui ne se dit pas en 140 caractères.  

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