Jair Bolsonaro a été investi hier à la présidence du Brésil. Et son bras de fer avec les médias entre dans une nouvelle phase.

Le président brésilien Jair Bolsonaro
Le président brésilien Jair Bolsonaro © AFP / Sergio Lima

Celle des mesures punitives (priver certains journaux de ses annonceurs publics comme le Folha de Sao Paulo, quotidien de référence qui a publié des révélations explosives sur le candidat pendant la campagne). Cela s’ajoute aux insultes et au court-circuitage permanent des journalistes. A l’instar de Trump ou de Salvini en Italie, Bolsonaro sur-utilise les réseaux sociaux en direct. Il est suivi par près de huit millions de personnes sur Facebook. Et ce, dans un pays où la télévision demeure le premier média, mais où les Brésiliens ont perdu foi en leurs médias. 

Pourquoi ? Parce que le Brésil offre un paysage médiatique exceptionnellement concentré. Six familles possèdent 70% des médias. Parmi elles, les Marinho, qui tiennent Grupo Globo, plus grand conglomérat de médias d’Amérique latine. Au Brésil, les chaines Globo réalisent la moitié de l’audience télé du pays. L’autre géant se nomme Record et se déploie dans tous les médias audiovisuels, numériques ainsi y que les journaux les plus lus du Brésil. Or, Record appartient à un pasteur, Edir Macedo, fondateur de l’Eglise Universelle, qui règne sur un puissant parti, le PRB, proche du nouveau président. Les journalistes du groupe Record ont été mis sous pression toute la campagne pour favoriser le candidat d’extrême droite. 

Tel est donc le double problème, l’omnipotence de ces dynasties médiatiques que ni loi, ni concurrence Internet n’ont faites tomber, et leurs relations avec le pouvoir politique. Les Brésiliens qualifient d’ailleurs ce modèle de « coronélisme électronique », en référence au système d’avant les années 30. De puissants propriétaires fonciers (les coroneis) dominaient une province et en devenaient à terme garants de sa stabilité, donc une clé pour gouverner le pays. Derrière cela, un vaste clientélisme avec rétribution des loyautés à tous les échelons du pouvoir.   

Reporters sans frontières a dénombré 32 députés fédéraux et 8 sénateurs brésiliens impliqués avec des entreprises de médias comme Vittorio Medioli, une figure, élu du Minas Gerais, dont la femme gère un site d’info, une radio et cinq journaux. Plus inextricables encore s’avèrent les conflits d’intérêts politico-médiatiques au niveau local. 

Dans cette configuration, le paysage média va-t-il se fracturer au Brésil ? Quels seront les contre-pouvoirs médiatiques sous le règne Bolsonaro ? Vont-ils avoir les moyens de tenir ? Vont-ils surtout être entendus par une population pour qui les médias sont parfois indissociables d’élus à leurs yeux corrompus. 

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