Les photographes d’actualité alertent sur l’extrême fragilité de leur métier en ces temps de crise de la presse…

Ils sont nombreux à ressusciter une vieille histoire, mal connue du grand public, pourtant fondatrice et passionnante. Elle remonte aux années 1930. Guillaume Herbaut, fondateur de l’agence L’Oeil Public, dans Libération, ou Alain Genestar, ancien patron de Paris Match qui a créé la galerie et la revue Polka, s’en sont fait les porte-voix. Je vous la raconte à mon tour. 

Après la crise de 1929, l’Amérique s’avère, dévastée par la récession économique. Or, le spectre de ces hordes de chômeurs, de ces campagnes défigurées, de ces enfants édentés hante aujourd’hui le monde post-Covid. Les médias occidentaux y font sans cesse référence. Pourquoi ? Parce que les images de la Grande Dépression sont connues de tous ! 

En effet, un haut fonctionnaire de Washington, économiste réputé, Roy Stryker, décide en 1935 de payer durant neuf ans un commando de photographes partis quadriller le pays. Son idée, documenter l’effet des aides gouvernementales accordées aux agriculteurs, la vie des métayers du Sud et des ouvriers agricoles migrants. Le projet s’élargit ensuite aux conditions de vie rurales et urbaines pendant la deuxième Guerre. 

170 000 négatifs, 77 000 tirages. Vous n’allez pas me croire, mais les photographies les plus célèbres du monde en font partie, celles de Dorothea Lange ou de Walker Evans, exposées dans les plus grands musées. Leur travail a donc été financé par une administration qui se cherchait des prises avec le réel, tout en ayant conscience de travailler pour l’Histoire. 

Justement, les photographes d’aujourd’hui s’interrogent : Pourquoi les pouvoirs publics ne miseraient-ils pas sur eux pour documenter les effets de la pandémie ? D’autant que tous les centres d’archives de France ont entamé des collectes dès le début du confinement. Il ne faut pas que la mémoire de cette grande crise que nous vivons se réduise à des statistiques ou à des agendas ministériels, qu’elle se raconte seulement à travers les actes et les discours des puissants. On a besoin d’un récit au fur et à mesure de la vie des gens. Qui mieux que les photographes pour saisir cela au plus près ? Leur confier ce projet, alors que tous les festivals de photographie sont annulés, que les journaux baissent leur pagination et annulent les reportages, ce serait donner aux photographes plus que du travail… leur reconnaitre une fonction sociale. 

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