Le résultat des élections législatives en Slovaquie témoigne d’un sursaut national deux ans après le meurtre d’un journaliste d’investigation.

Manifestants dans la rue. Après le meurtre du journaliste Jan Kuciak et de sa compagne Martina Kusnirova, des manifestations ont été organisées pour dénoncer la corruption du gouvernement
Manifestants dans la rue. Après le meurtre du journaliste Jan Kuciak et de sa compagne Martina Kusnirova, des manifestations ont été organisées pour dénoncer la corruption du gouvernement © Getty / SOPA Images

Un journaliste, ça s’assassine en silence. Et on fait disparaître le corps. Pourtant, en 2018, à 65 kilomètres de Bratislava, Jan Kuciak et Martina Kusnirova, sont retrouvés, criblés de balles, dans la maison qu’ils avaient prévu de retaper avant leur mariage. Ils avaient 29 ans. Des douilles jonchaient le sol aux côtés des cadavres. Le message adressé à quiconque entendait poursuivre l’enquête était très clair. 

Dimanche matin, lorsqu’Igor Matovic a remporté les législatives, devançant largement le SMER, parti populiste au pouvoir pendant 10 ans, ce sont les noms du jeune journaliste et de sa fiancée qu’il a prononcés en premier. « Leur mort a réveillé la Slovaquie ». La formation victorieuse s’est baptisée OLANO, elle réunit des personnalités indépendantes et le parti dit des « Gens ordinaires » qui mène un combat frontal contre la corruption. Or, Jan Kuciak cherchait précisément à mettre au jour les liens entre la mafia calabraise, la Ndranghetta (dont on sous-estime l’implantation en Europe de l’Est) et des proches de l’homme qui dirigeait alors le gouvernement, Robert Fico, le tout sur fond de détournement de fonds européen. Robert Fico convoqua à l’époque une conférence de presse hallucinante, promettant un million d’euros à quiconque apporterait des informations valables à la police sur ce double meurtre. Et il posa, sous les yeux éberlués des journalistes, le million en cash, en petites coupures. Mais la surenchère médiatique ne suffit pas à calmer la colère populaire. Les Slovaques sont massivement descendus dans la rue, réclamant une justice indépendante et une liberté d’expression digne d’une démocratie membre de l’Union européenne. Parce que oui, ce crime crapuleux a eu lieu au cœur de l’Europe. 

En Slovaquie, il provoqua les plus grandes manifestations depuis la « révolution de velours », qui, en 1989, avait précipité la fin du régime communiste. « Velours » encore, pas un incident, pas un débordement. Robert Fico, forcé de démissionner. L’année dernière, un businessman véreux, évoluant dans le premier cercle du pouvoir politique, menaçant avec Jan Kuciak et avec d’autres journalistes, fut enfin arrêté. Tous les soupçons convergeaient vers lui depuis des mois. Mais l’enquête connut des soubresauts dont une Slovaquie rénovée et apaisée tirera peut-être un scénario de série, un jour. 

En attendant, le parti de Robert Fico, le SMER, après son échec cuisant à la présidentielle, vient de prendre une nouvelle claque électorale aux législatives. Quelle erreur d’avoir fait assassiner Jan Kuciak.  

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