Les maisons de la presse, qui vendent des livres en plus des journaux, se trouvent dans une situation ubuesque.

Kiosque à journaux (ici à Toulouse, en mai dernier)
Kiosque à journaux (ici à Toulouse, en mai dernier) © AFP / Matthieu RONDEL / Hans Lucas

Ubuesque parce qu’elles sont nombreuses à vendre des livres en plus des journaux, et qu’elles continuent légalement à vendre des livres là où les librairies sont obligées de fermer. Vous me direz tant mieux pour ces marchands de journaux qui sont, partout en France, des petits commerçants très précieux. Eh bah, les voilà dans de beaux draps à cause des livres ! Je vous explique. 

Une maison de la presse qui vend quelques livres n’a pas le même statut qu’une librairie ni même qu’une librairie qui vendrait quelques journaux. C’est bien pour cela qu’elle reste ouverte. Mais attention, si faute de librairie, tous les habitants d’un bourg ou d’un quartier se ruent chez le marchand de journaux pour acheter des bouquins, le chiffre d’affaires « livre » grimpe en flèche et de dépasse le chiffre d’affaires « presse ». Ca arrive vite car sur les journaux, les marchands touchent des commissions très basses alors que sur les livres, la marge est plus confortable. 

Or, que se passe-t-il quand une maison de la presse se met à faire plus d’argent sur des livres que sur des journaux ? Elle change de classification administrative : soit il ferme comme les librairies, soit il laisse l’accès uniquement aux journaux et empêche l’accès aux livres. Sauf que dans des très petits magasins, c’est quasi impossible de séparer les marchandises. Certaines maisons de la presse n’ont donc d’autres choix que fermer. C’est le cas à Chamonix ou à la gare de Lyon, à Paris. Là, vous voyez, tout le monde est perdant. Les livres ET les journaux. La culture ET l’information. Ca fait beaucoup. 

Et pour la majorité des journaux français qui ont essuyé cette année la liquidation judiciaire de l’entreprise qui les distribuait, plus des blocages monstres dans certaines régions, c’est carrément une catastrophe de voir ENCORE des points de vente fermer. 

L’autre cas de figure, ce sont les librairies qui vendent aussi des journaux. A Bordeaux, à Nancy, à Lille, à Rouen… Sachez que certaines continuent d’ouvrir pour, et seulement pour, leur rayon « presse ». Ca nécessite de la main d’œuvre pour gérer le flux des journaux et, encore une fois, les commissions sont faibles. Cette diffusion de la presse se fait donc à perte. Combien de temps vont-elles tenir ?

Le livre va-t-il entrainer la presse dans sa chute ? Un dossier de plus sur le bureau de la ministre…

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