Différents médias expliquaient ce week-end ne pas voir “la banlieue” parmi les gilets jaunes.

Barricade montée par des "gilets jaunes" contre la hausse du prix du carburant et du coût de la vie, 1er décembre 2018, Paris.
Barricade montée par des "gilets jaunes" contre la hausse du prix du carburant et du coût de la vie, 1er décembre 2018, Paris. © AFP / Abdulmonam Eassa

Il me semble important de déconstruire l’emploi du mot « banlieue » quand des journalistes affirment que les casseurs du mouvement ne viennent pas de banlieue, quand d’autres posent la question « la banlieue grande absente des gilets jaunes ? » et quand Alain Finkielkraut déclare que « les classes politiques et médiatiques n’en avaient que pour la banlieue alors que la France périphérique était de plus en plus précaire ». 

D’abord, quand on dit ne pas « voir » la banlieue parmi les gilets jaunes (ou qu'on aurait "vu" la banlieue en fin de journée), que fait-on sinon sous-entendre que la banlieue se voit ? Une manière d’activer l’équivalence implicite nourrie par tant de clichés médiatiques, à savoir banlieue = jeune, arabe et noir. C’est fou comme un seul mot permet de ne pas dire ces trois autres, mais les amène quand même. D’ailleurs pour bien certifier de leur coïncidence, on ajoute généralement « issus des quartiers ». 

C’est là que surgit le deuxième problème lié à l’usage du mot « banlieue ». Il ne recouvre en rien la diversités des paysages urbains et des populations qui entourent une ville. Non, il est réduit à UNE particularité : les ensembles de logements sociaux construits dans les années 60-70. Moi, je suis une fille de banlieue, mais ayant grandi dans une maison et dans commune bourgeoise, eh bien je n’en suis pas, du moins pas dans les typologies médiatiques.

Enfin, cette interrogation sur la place de la « banlieue » dans le mouvement des gilets jaunes revient à diviser la France, voire à opposer deux France. Or, il est un phénomène global que l’on appelle la « centrifugeuse sociale ». Plus l’immobilier monte dans les centres, plus l’habitat de première, voire de deuxième couronne est rénové et désenclavé, plus la pauvreté est repoussée. Les ménages modestes ne trouvent de logements qu’en s’éloignant, arrivant dans des zones à faible densité où il n’y a plus de transports en commun. Cette population ne s’oppose en rien à celles des dites « banlieues », elle déplace les mêmes problèmes d’accès aux agglomérations, c’est-à-dire au travail, à la culture, aux commerces, aux soins. Seulement la distance les rend encore plus aigus.  

Il est des immeubles qui s’effondrent au cœur des grandes villes, il est des banlieues riches, des banlieues loins, des banlieues faites de pavillons et de fins de mois à sec. Nos périphéries ont changé AVEC le reste du pays, la pauvreté est partout. Attention au vocabulaire que l'on nous sert. 

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