Emotion à l’annonce d’un téléfilm sur Michel Fourniret : les familles de victimes et le fils du tueur craignent une volonté d’héroïser « l’ogre des Ardennes ».

Michel Fourniret en mai 2008
Michel Fourniret en mai 2008 © AFP / ALAIN JULIEN

Le fils Fourniret se prénomme Sélim. Cet été, il a adressé une lettre ouverte au réalisateur l’accusant « d’amasser de l’argent sur le dos des enfants morts » et dénonçant « l’attrait morbide de la société du spectacle pour la souffrance ». Et il concluait, parlant de son père : « Vous allez canoniser sa fresque sanglante avec des moyens hollywoodiens ». Des parents de victimes expriment la même répugnance. Parmi eux, le père d’Estelle Mouzin.

Chez TF1, on reste serein. Cette fiction - avec Philippe Torreton dans le rôle de Fourniret, et François-Xavier Demaison dans celui d’un commissaire -  s’intitule « La Traque », et se focalise, dit-on, sur les flics cherchant à coincer le tueur à l’époque de son arrestation. Ce qui exclut toute évocation de l’affaire Mouzin. On ne faisait pas encore le lien entre les deux affaires.

Nul n’a vu ce téléfilm en deux épisodes, produit par UGC. Cette virulente levée de boucliers est donc question de principes.

Or, dans ce registre, certains éléments donnent raison aux plaignants

D’abord, Yves Rénier, le réalisateur. On lui doit l’un des plus spectaculaires succès d’audience de TF1 avec une fiction sur Jacqueline Sauvage, qui ne retenait qu’une version du meurtre de son mari, celle de la légitime défense. Au moment de la diffusion, un avocat général – c’est très rare – prit la plume pour rappeler que cette femme avait été condamnée par deux cours d’assises et que TF1 épousait la doxa populaire contre le verdict de la justice. Position parfaitement assumée par la chaine.

Cette fois, Yves Rénier s’est inspiré d’un ouvrage titré La Mésange et l'ogresse . Sous-titre : « Dans la tête de Monique Olivier », compagne et complice de Michel Fourniret. Là aussi, on bondit. Quoi de plus dégueulasse comme posture que « dans la tête de » ? M6 l’avait adoptée pour Xavier Dupont de Ligonnès. Résultat affligeant et moralement contestable.

Bref, on comprend les craintes des familles concernées, mais ne plaquons pas de schémas sur le futur téléfilm de TF1 dont on ignore la facture. Un mot, en revanche, sur la guerre impitoyable que se livrent les chaînes et les plates-formes pour être les premières à adapter tel ou tel fait divers. Sur le terrain, les équipes de tournage se disputent les rescapés et les témoins. Ça en devient absurde, mais le public en redemande. Il est peut-être là le danger. Porter à l’écran un tueur dont on n’a pas encore retrouvé les cadavres. La course au sang. 

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