Un reporter de La Croix a sillonné la France en demandant aux gens « Qui, selon vous, mériterait d’être dans le journal ? »

Tour de France avec le journaliste Mikael Corre de La Croix pour nous présenter ceux qui méritent d'être dans le journal (et qui ne le sont jamais)
Tour de France avec le journaliste Mikael Corre de La Croix pour nous présenter ceux qui méritent d'être dans le journal (et qui ne le sont jamais) © Getty / baileyguinness

Méfiez-vous, la question est redoutable. Elle naît du constat (pas nouveau !!) que les choix d’une rédaction sont socialement surdéterminés, que l’actualité n’est pas un filtre mais un moule dans lequel on fait entrer la vie des Français (et non l’inverse !) et que tant de reporters partent sur le terrain avec l’idée de ce qu’ils vont y trouver… Comment, dès lors, échapper à des rails médiatiques tout tracés ? 

Mikael Corre quitte le service politique du journal La Croix et se rend dans 10 départements où il enchaîne les conférences de rédaction au bistrot, invitant les Français à définir ce que peuvent avoir de remarquable des hommes et des femmes auxquels les médias ne s’intéressent pas. Échec total. Ceux qui viennent à lui ont des discours tout faits. On enfonce les portes ouvertes. 

Qu’avez-vous d’intéressant ? Connaissez-vous des gens intéressants ?

Il est très difficile d’y répondre. Il faudra des heures de discussion à Mikael Corre, dans les rues, aux sorties des supermarchés, pour que se déroulent récits, rejets, invectives, pudeurs, suppliques, colères, confidences et que, petit à petit, le journaliste se laisse mener jusqu’à ceux dont il nourrira ses 27 portraits. Un supporter du RC Lens qui, depuis sa retraite, organise des funérailles pour les familles alentours. Ou bien deux cantonniers d’Egletons, le vieux et l’apprenti, dont le discours sur la jeunesse et le travail renverse tout. 

Ces portraits (3 par jour et par région) n’égrainent pas des vies extraordinaires, ils valent pour la capacité de leur auteur à angler ce que de chaque personne il va tirer. Mikael Corre se destinait à la sociologie avant de bifurquer vers la presse. Et il se souvient qu’à la fin de ses études, on basculait d’une approche bourdieusienne supposant de dévoiler, d’extraire une réalité cachée à une sociologie qu’il qualifie de « plus douce, plus proche de l’école allemande ou de Luc Boltanski et qui repose sur l’écoute de ceux qui savent ce qu’ils vivent ». 

Sur l’idée qu’on ne mobilise plus une expertise extérieure pour expliquer, mais qu’il nous faut apprendre à entendre les mots de ceux qui sont concernés. Mikael Corre regrette parfois que les médias matraquent ces termes de « comprendre », « analyser », « décrypter ». Il les trouve « violents ». Il dit avoir essentiellement travaillé à « écouter ». Il dit qu’écouter « c’est beaucoup de travail ». 

La série « Ils méritent d’être dans le journal » commence aujourd'hui dans La Croix

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