Bientôt sur Instagram, nous pourrons converser à quatre, en vidéo et en direct. Ce n’est pas un gadget de plus, mais bien le signe d’un changement de fonction des réseaux sociaux.

Depuis le premier confinement et sa cohorte de réunions ou d’apéros par écran interposé, il se passe quelque chose. La fonction Spaces de Twitter fait papoter les gens en audio. La fameuse appli Clubhouse que peu d’internautes encore ont essayé, mais qui vaut déjà une fortune en Bourse, crée des salles de conversation, également audio, que l’on rejoint pour s’écouter et débattre. Et maintenant ces « live rooms », ces pièces virtuelles sur Instagram, pour se réunir en son et en image, histoire de rire, de tchatcher, voire de se mettre en scène ensemble. Ensemble. Ensemble, tel est le maître mot de la mutation.  

On a longtemps présenté les réseaux sociaux comme le lieu d’une conversation mondiale, ce qui est en partie vrai. Mais une conversation qui commencerait immanquablement par une affirmation de soi. Voici ce que JE fais, ce que JE ressens, ce que JE pense. Une sorte de solipsisme, le sujet n’ayant d’autre réalité première que lui-même. J’existe parce que JE ME raconte, parce que JE ME montre. JE doute, ou pas, mais je le dis, donc je suis. Pour paraphraser ce bon vieux Descartes.

Toutefois, les réseaux sociaux incluent le dépassement de soi par le regard de l’autre. Dans un élan tout à fait sartrien – c’est la minute philo du matin ! – le « Je » ne vaut que s’il est partagé par une communauté. Le « Je » des réseaux sociaux, c’est l’inscription de soi dans le monde ou bien l’inscription de soi dans un collectif. Ne jamais pouvoir s’extraire du jugement d’autrui. La torture. « Tous ces regards qui me mangent (…) Pas besoin de gril, l’enfer c’est les autres » pour reprendre la célèbre réplique de Jean-Paul Sartre.

Twitter, Instagram, Facebook, TikTok, plutôt Sartre ou Descartes ? Là, n’est donc plus la question. Il ne s’agit plus d’aller de soi à dieu ou de soi aux autres, mais bien de créer - de concert - un lieu de parole commun pour se parler ou bavarder selon le degré de sérieux qu’on y met. C’est formidable, bien sûr, par temps de mise à distance physique. Mais souvenez-vous de ce que disait un grincheux génial – sans doute un Sacha Guitry -  « Dès que les autres se mettent à parler, la conversation devient impossible ». 

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