Kevin Rudd, ancien premier ministre travailliste australien, ose défier le géant des médias conservateurs Rupert Murdoch.

Rupert Murdoch a aujourd’hui 89 ans. Il est né en Australie, mais vit aux Etats-Unis et a acquis la nationalité américaine. Cet ultra-libéral virulent est l’un des hommes les plus riches et les plus influents au monde. Sa firme, News Corps, est propriétaire de la chaîne d’info Fox News, indéfectible alliée de Donald Trump, et matrice mondiale des médias audiovisuels réactionnaires. Rupert Murdoch n’a pas abandonné son pays d’origine pour autant. Il y est même demeuré le premier des patrons de presse. On estime qu’il contrôle là-bas 70% de l’audience.

De son côté, Kevin Rudd n’a plus rien à perdre. Il fut un premier ministre travailliste entre 2007 et 2010 puis, à nouveau, en 2013. Comme d’autres figures politiques travaillistes, par exemple Tony Blair en Grande-Bretagne, Kevin Rudd a tout fait pour s’acheter les bonnes grâces de ce qu’il nomme aujourd’hui « la mafia Murdoch ». Il en a même été très proche. Mais il est tombé. Et il attribue sa chute à cette myriade de journaux et d’éditorialistes qu’il décrit comme une meute obéissant aux seuls intérêts idéologiques de Rupert Murdoch. Or ce dernier, depuis dix ans, démolirait systématiquement tous les candidats du Labor, la gauche australienne.

Aussi Kevin Rudd a-t-il lancé une pétition contre le système Murdoch. Il parle d’un « cancer et même d’un arrogant cancer pour la démocratie ». Il demande une commission royale (je rappelle que l’Australie est une monarchie parlementaire) afin qu’on rétablisse le pluralisme dans ce pays.

Surprise, hier, Kevin Rudd annonçait dépasser les 450 000 signatures, record d’une pétition en Australie. Il a également reçu le soutien d’un autre ancien premier ministre australien, Malcolm Turnbull, un adversaire politique de Kevin Rudd, mais qui estime, lui aussi, avoir été laminé par la presse de Murdoch.

La situation s’avère plus critique que jamais en Australie, car la crise économique est en train de laminer les médias. Même Rupert Murdoch l’omnipotent réduit la voilure, annonçant en mai qu’il cesse d’imprimer plus d’une centaine de journaux locaux. C’est dramatique, parce que Murdoch a tout racheté pour assécher la concurrence. Il se trouve donc en situation de monopole dans plusieurs régions. Des régions soit à sa botte éditoriale, soit désormais privées de journaux. Quant à l’agence de presse australienne, supposée fournir de l’information neutre à tous les médias, elle vient d’être rachetée par des philanthropes. Elle était en faillite.

Plus le marché est fragilisé, plus Murdoch est puissant en son royaume.    

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