Des journalistes sont auditionnés par la police pour avoir couvert le décrochage d’un portrait du Président de la République.

Journaliste local
Journaliste local © Getty / Mihajlo Maricic / EyeEm

Cette opération est le fait de militants écologistes non-violents, le 23 mars dernier, en la mairie de Rouillon dont l’édile a, ensuite, porté plainte contre X. Trois journalistes étaient présents dont Bruno Mortier du Maine Libre. Lundi, trois gendarmes débarquent chez lui avec une convocation. Il est « soupçonné de vol en réunion ». Lui qui n’a fait que son métier, informer.

Cela vous parait une aberration ? 

Eh bien, sachez qu’en décembre, à Bourgines, a eu lieu un simulacre de mise à mort de Macron par des "gilets jaunes". Trois journalistes de la Charente Libre, qui couvraient la manif, sont dans la foulée entendus au commissariat pour « provocation non suivie d’effet au crime ou délit par parole, écrit, image ou moyen de communication ». 

Dans les Hautes-Alpes, une reporter du quotidien suisse Le Temps, monte en voiture avec un retraité qui sillonne la neige pour récupérer des migrants ayant franchi le col de l’Echelle, à pied. Pareil, gendarmerie le lendemain : photographie, empreintes digitales, interrogations sur sa vie privée, ses comptes bancaires. On lui demande son téléphone portable et ses codes d’accès. Elle est mise en cause dans une procédure pour « aide à l’entrée du territoire, à la circulation ou au séjour irrégulier d’étrangers sur le territoire français ». L’histoire a très moyennement plu à nos confrères suisses.

Retour dans la Sarthe, à Rouillon

Notre ami du Maine Libre est un vieux routier du métier. Sa convocation en main, il a immédiatement alerté le Syndicat National des Journalistes. Gros barouf. Qui a porté ses fruits. Le motif a été modifié, hier, deux heures avant son audition. Il a finalement été entendu comme témoin. « Mais, me disait-il à la sortie, je me refuse à livrer des noms. Du coup, j’ai invoqué le secret des sources et n’ai rien raconté d’autre que ce que j’avais publié dans mon papier ». 

Demain, ce sera au tour de Gaëtan Cruchet, correspondant local de presse pour Ouest-France, d’être entendu sur la même affaire. 

Un mot sur ce que sont les correspondants locaux de presse

Les correspondants locaux de presse sont les petites mains de vos journaux régionaux, plus vulnérables que les journalistes, peu rémunérés, sans contrat, sans carte de presse, parfois ils ne signent même pas ce qu’ils écrivent. 

Et surtout, leur seule zone de travail, c’est la commune. Alors tenir tête à des gendarmes et à un maire qui a porté plainte, pas facile. 

Mais manifestement c’est ce que l'on veut, rendre la vie de ceux qui racontent, pas facile. 

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