La télévision a-t-elle trouvé dans le mouvement des gilets jaunes ces “vrais gens” qu'elle a toujours cherchés ?

Forces de police recouvertes de peinture jaunes par les "gilets jaunes" (manifestation des Champs Elysée, Paris, 1er décembre 2018)
Forces de police recouvertes de peinture jaunes par les "gilets jaunes" (manifestation des Champs Elysée, Paris, 1er décembre 2018) © AFP / Alain Jocard

Longtemps, l’opinion publique a été figurée dans les émissions politiques de manière désincarnée. Les Français étaient représentés par des statistiques. Et par le… standard SVP.

Il y eut moult reportages sur la vie des Français, mais il fallut attendre les années 1990 pour qu’ils viennent physiquement et régulièrement en studios : André Bercoff lance Français si vous parliez, Michel Field les accueille sur son plateau de L’Hebdo. Bruno Masure anime La France en direct,  Rachid Arhab J’ai rendez-vous avec vous. La télévision prouve qu’elle réduit la distance entre l’élite dirigeante et le peuple, qu’elle peut même contribuer à revaloriser le lien démocratique. 

Du coup, la nature des questions se déplace. On sent une certaine capacité d’interpellation dans ces dispositifs. En filigrane, c’est le début d’une interrogation sur le statut du journaliste.Ces « Face au Français » deviennent de grands messes déployées en période d’élection, de bilan ou bien dans les moments de crises. Au risque d’aggraver la situation

En 2005, Jacques Chirac répond en direct de l’Elysée aux questions de 83 jeunes sur l’Europe. Souvenez-vous de la maladresse condescendante du président, mais surtout des premières polémiques sur le choix de ces jeunes « vrais Français », et sur le manque de représentativité du panel.   

Ensuite, la télé n’a cessé de chercher la martingale des « vrais gens ». Des paroles et des actes ou L’Emission politique tentent ces confrontations politiques / citoyens mais se heurtent parfois aux limites du jeu de rôle dans lequel sont enfermés leurs « Français ». L’infirmière n’est jamais qu’une infirmière, elle est forcément 1000 autres choses dans la vie. Pareil pour « le » chômeur, « le » dirigeant de PME, « la » femme voilée, etc… exercice souvent frustrant, et qui prête le flanc aux suspicions. 

L’énorme différence avec les gilets jaunes c’est que la télé ne les a pas choisis. C’est eux qui s’y sont imposés, chez Cyril Hanouna, d’abord, dont ils ont forcé la porte. Puis Hanouna les a reçus sur C8, Pujadas sur LCI, Léa sur la 2, Morandini hier sur CNews, Carole Gaessler ce soir sur France 3. Chacun parle à la première personne. Chacun décline une histoire individuelle, singulière. Exit le panel, exit aussi l’impératif de représentativité. D’où, me semble-t-il cette impression toute neuve d’authenticité.    

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