Thierry Ardisson a invité samedi dans « Salut les Terriens ! » un couple d’hommes avec leur bébé. L’un d’entre eux est transexuel. Il a accouché naturellement.

Quand le synthé ajouté en post-prod transforme l'image même de la personne
Quand le synthé ajouté en post-prod transforme l'image même de la personne © Capture d'écran C8

Mine de, Ardisson a été assez en avance sur ces sujets-là. Néanmoins, Ardisson fait du Ardisson, avec ce mélange de fascination sincère et de sensationnalisme.

Trystan Reese est sorti satisfait de cette interview. Mais en regardant l’émission une fois montée, il découvre un bandeau ajouté au bas de l’image : sous les deux hommes figure la mention « La maman est à gauche de l’écran ». Et voilà, comment transformer un homme en bête de foire.  

On assiste - c’est parti des Etats-Unis - à un moment médiatique assez incroyable. La transidentité n’est plus invisible. C’est même une déferlante. Caitlyn Jenner, le beau-père de Kim Kardashian, a fait de sa transition un show télé et un évènement en Une du « Vogue ». Laverne Cox, héroïne de la série « Orange is the new black », se raconte en Couv du magazine « Time ». Tout comme Chelsea Manning, qui fut emprisonnée sous son ancienne identité, Bradley Manning, soldat et lanceur d’alerte.

Rien que dans les mots que j’utilise moi, en essayant de décrire au mieux les choses, on sent l’impasse. Montrer pour banaliser, oui. Mais montrer en comparant sans cesse l’avant / l’après, c’est profondément dénaturer l’histoire de ceux qui osent s’assumer, témoigner, qui osent vivre tout simplement.

« Plus Belle La Vie », sur France 3, fait exister un personnage trans. Et en profite pour faire un peu de pédagogie : Aurélie n’est pas « devenue » Dimitri. Il s’est toujours senti Dimitri. Il n’est pas « devenu » homme. Il « est » homme. D’où l’énorme responsabilité des médias lorsqu’ils réduisent cela une transformation physique caricaturale. Lorsqu’ils renvoient la personne au corps et à l’identité qui la faisaient souffrir. Souffrir au point de s’en débarrasser. Bref, en qualifiant Trystan de « Maman », Ardisson lui réassigne un genre féminin qui n’est pas le sien. Et lui refuse ce à quoi il a aspiré : être un homme qui accouche d’un bébé.      

Précision. Quand je dis déferlante médiatique, je parle de la France aussi.  Deux fictions en prime-time sur Tf1 et France 2, consacrées au sujet. Pas moins de six documentaires et émissions en un an sur la 2, la 3, Arte, M6. Des boulots remarquables. Ardisson fait exception. Comme un petit rappel de ce qu’il aime le plus, la télé trans…gressive des années 90 !   

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