Deux des sept cyber-harceleurs de la journaliste Nadia Daam sont jugés aujourd’hui.

Pourquoi vous parler d’une consoeur qui, officiant à 6h55 sur Europe 1, qualifia le forum du site jeuxvideo.com de « poubelle à déchets non recyclable d’Internet » ? D’autres vous diront, qu’en bonne connaisseuse des réseaux sociaux, la journaliste savait qu’elle s’y attirerait les foudres des trolls les plus hargneux. 

Pourquoi vous parler de la façon dont Nadia Daam a été ensuite harcelée virtuellement et réellement, jusqu’à la porte de son appartement ? D’autres ont déjà pris sa défense. Beaucoup d’autres. Une liste longue comme le bras de gens de médias signant un texte de soutien initiée par Claude Askolovitch ici présent. Ne peut-on pas interroger ce réflexe corporatiste ? Ne peut-on pas pointer ces journalistes toujours prompts à se défendre les uns les autres, quand des milliers de femmes subissent une haine misogyne anonyme sans que nos élégantes cartes de presse ne lèvent le petit doigt pour elles ?

Pourquoi, enfin, vous parler ce cette audience qui aura lieu aujourd’hui quand la plaignante, plume de Slate, auteur chez Fayard, voix d’Europe 1 et visage d’Arte bénéficie d’une telle notoriété que son procès sera de toutes façons, par d’autres, archi relayé ?

Alors, pourquoi ? Et bien pour toutes ces raisons-là. Parce que ça sert à ça, les médias

A amplifier des histoires qui deviennent des étendards. Je ne partage pas les scrupules d’un Franz-Olivier Giesbert. Médiatiser les viols et harcèlements sexuels subis par des actrices n’étouffe en rien ceux dont sont victimes « les femmes de ménage ». Au contraire, parce qu’il y a des femmes en lesquelles d’autres se projettent, la couleur de leur peau, leur coiffure afro, leur fessier de Kardashian à Bardot, leurs vêtement, leur sexualité, leur combat, leur parole : tout fait école. Celles qui sont dans la lumière incarnent des normes sociales qui bougent et font émerger des modèles. Les mœurs changent et le changement n’est pas réservé à la caste qui a le pouvoir de le médiatiser. Au contraire, médiatiser c’est affirmer - haut et fort - qu’il y a un avant et un après pour toute une société. Le procès des harceleurs de Nadia Daam, c’est le procès de l’impunité qui dominait. Un avant et un après. 

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