James Holzhauer, un candidat au jeu télé « Jeopardy », a tenu l’Amérique en haleine. Il a été éliminé après deux mois de présence à l’antenne.

Le célèbre jeu américain Jeopardy
Le célèbre jeu américain Jeopardy © Getty / Scott Wintrow

James Holzhauer, deux millions et demi de dollars en poche, éliminé après deux mois de présence à l’antenne. 

Un brave pour les téléspectateurs de NBC qui le voyaient déjà battre le record de gain de ce jeu à l’antenne depuis 1964. Mais James Holzhauer a chu… à une victoire de la timbale historique ! 

Les Américains étaient fous d’autant que l’info a fuité 24 heures avant la diffusion du programme. Et encore, le secret avait été bien gardé. L’épreuve était enregistrée depuis le 12 mars dernier. Car oui - ce sera aujourd’hui le sujet de ma rêverie - les jeux télévisés n’ont jamais lieu en direct. Et nul ne songe à la faille spatio-temporelle qui engloutit les candidats. Eux-mêmes, d’ailleurs, n’y sont pas préparés. 

Lorsqu’ils se présentent aux sélections, secrétaires médicales, comptables, professeurs des écoles, représentants, podologues viennent participer à un jeu dont ils sont, d’abord, téléspectateurs assidus. Une fidélité forgée dans le temps. Le jeu est un rendez-vous quotidien, l’animateur un ami de la famille, le champion qui s’accroche pour durer, un héros auquel ils se sont identifiés. En se demandant parfois comment il fait : pour passer autant à la télé, faut en poser des congés !

Bah pas tant justement. Les jeux se tournent à la chaîne afin de rentabiliser l’équipe technique et le décor. Un raccord maquillage et hop, l’animateur en enquille quatre d’affilée. D’ici la diffusion, une clause de confidentialité est signée. Toute la relation qui se noue avec le public, à l’antenne, relève ensuite de la fiction, car les candidats victorieux sont en fait retournés travailler… condamnés à vivre en parallèle leur gloire enregistrée (donc passée), la ferveur qu’elle va engendrer (au futur) et leur existence dans l’immédiate réalité. 

Même les tournages constituent un étrange décalage. En studio, le temps n’a pas la même valeur qu’à l’extérieur. A la fin d’une journée, quatre jours ont défilé. Les candidats ont dit « bonjour mardi », « bonjour mercredi », « bonjour jeudi », « bonjour vendredi ». Quand ils rentrent chez eux, on est toujours lundi. Ni les enfants qui braillent, ni les collègues qui piaillent, ne savent qu’un champion est né. C’est secret. Pire, lorsqu’il est enfin plébiscité, reconnu au marché et chez le boulanger, l’éphémère vainqueur sait depuis des mois qu’il a perdu et que déjà, sans lui, le jeu continue. 

Ainsi va la double vie des héros de la télé en différé. 

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