L'ancien président de la République entre au conseil de surveillance du groupe Lagardère. Les journalistes des rédactions concernées s’en alarment.

Il y a de quoi s'inquiéter. Nul ne connaît les plans de l’ancien président, mais chacun sait qu’il demeure l’homme puissant de la droite français. Nul n’ignore l’amitié entre Nicolas Sarkozy et Arnaud Lagardère. Et chacun sait que le patron de presse ne refuse rien à celui qu’il considère comme son "frère". Pas même la tête du patron de Paris Match, en 2006, après que Cécilia Sarkozy a fait la couv avec un autre homme que son mari. Enfin, peu connaissent l’histoire racontée par un ancien patron du Monde, Nicolas Sarkozy à l’Elysée faisant pression pour que le grand quotidien soit vendu au groupe Lagardère qui trépignait alors de l’avaler.

On comprend, dans ce contexte, que les journalistes de chez Lagardère s’inquiètent de leur indépendance à venir. Qu’on puisse même soupçonner Nicolas Sarkozy de tenir ou de retenir leur plume est un désastre par les temps qui courent. D’autant que l’actualité va rapidement placer nos confrères dans une situation inconfortable. Nicolas Sarkozy sera devant les juges, dès octobre, pour l’affaire des écoutes. « Nous redoutons qu’il soit difficile pour nos rédactions de traiter cette actualité judiciaire en toute impartialité », écrivent les trois rédactions d’Europe 1, du JDD et de Paris Match.

De fait, à la tête de ces deux influents hebdomadaires, Match et le JDD, a été nommé Hervé Gattegno, un journaliste d’investigation plein de de panache qui s’est lancé dans une bataille acharnée contre plusieurs médias, dont Mediapart, principalement Mediapart. En jeu, l’autre grande affaire dont doit répondre Nicolas Sarkozy : l’enquête tentaculaire sur le possible financement lybien de la campagne de 2007.   

L’ancien président rejette les diverses accusations. D’un côté, Mediapart travaille, sans relâche, à une enquête qui accrédite l’implication de Nicolas Sarkozy dans le dossier lybien. De l’autre, Hervé Gattegno se sert du JDD et maintenant de Paris Match, pour publier, sans relâche, des papiers démontant l’enquête de Mediapart. Toute la presse française, dépassée, assiste médusée à ce duel. Quant à la justice, elle a mis en examen Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, Eric Woerth, Thierry Gaubert, et elle a placé en détention un intermédiaire du nom d’Alexandre Djouri. Tous ont déposé des requêtes en nullité. La cour d’appel va trancher.

Avec Nicolas Sarkozy, en personne, au conseil de surveillance de leur groupe, nos confrères peuvent en effet redouter que leur « crédibilité » soit abimée.  

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