Hier, 123 skippers ont pris le départ de la Route du Rhum.

Le skippeur français Damien Seguin sur son voilier, en pleine Route du Rhum
Le skippeur français Damien Seguin sur son voilier, en pleine Route du Rhum © Loïc Venance

Cette multitude de grands voiles, ces coques qui fendent l’écume, gitent jusqu’à la quille et se frôlent sur le plan d’eau de Saint-Malo : une éblouissante séquence de télévision. Sauf que cette année, elle aura duré…17 minutes !

C’est le temps que les Ultimes de Gabart, Josse et Le Cléac’h, ont mis à semer les caméras de télé. Leurs engins colossaux, montés sur foil, s’arrachaient à l’eau. Hier, à 14h, le public découvrait ainsi les bateaux qui volent. A 14h17, il les avait perdus de vue. Le commentateur BFM TV s’exclamait : « Nous sommes vaincus. Nous n’avons que des moteurs, ils ont des voiles ».

La course à la voile est le seul sport au monde qui échappe à la télévision. L’Océan, dernier continent sans images. Certes, les skippers embarquent un matériel ultra léger qui leur permet d’envoyer par satellite des vidéos. C’est même devenu un business. Sponsors oblige, les marins sont tenus de médiatiser leurs traversées. Mais qu’y voit-on ? Un navigateur s’avalant une vielle soupe Royco entre deux manœuvres. 

La course elle-même ne sera jamais filmée. On peut suivre les Alpha Jets de la patrouille de France à travers les nuages ou bien les cylindrées du Paris-Dakar au fond de la brousse ou encore les sorties interstellaires d’un astronaute. Mais filmer les bateaux en haute mer est impossible. Il faudrait, pour les travellings, un navire emportant 7 jours de carburant, se maintenant à l’allure de géants des mers qui pointent à 80 km/h, et déployant depuis son pont des drones ou hélicos qui couvriraient les coureurs en plans larges ou en plongée. Tout cela multiplié par 123, car une fois passé le Cap Fréhel, l’Atlantique se révèle un terrain de jeu de 106 millions de mètres carrés sur lequel chaque skipper tracera sa route. 

Bref, une course à la voile, n’est, en télé, qu’un départ et qu’une arrivée. Entre les deux, le néant visuel ou une narration fragmentée, agrégeant les vidéos de chaque bateau envoyées au JT. Une course à la voile, ce n’est jamais un tout, à l’image. Petite précision : les marins de la Route du Rhum, lorsqu’ils sont au milieu de l’Océan, se trouvent 8 fois plus éloignés de la terre que Thomas Pesquet lorsqu’il atteint sa station spatiale. Et oui, la mer est à nos yeux de téléspectateur bien plus inaccessible que l’Espace.

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