C’est aujourd’hui que se mettent en grève les journalistes de Radio Kreiz Breizh, après les menaces adressées à l’une d’entre eux.

Inès Léraud (Les Algues vertes, Delcourt / La Revue Dessinée) fait partie des journalistes qui subissent, en Bretagne, des pressions permanentes
Inès Léraud (Les Algues vertes, Delcourt / La Revue Dessinée) fait partie des journalistes qui subissent, en Bretagne, des pressions permanentes © Maxppp / Julien Boitel

RKB, radio locale dans les Côtes d’Armor. Morgan Large y anime une émission, « La Petite Lanterne ». Pendant quatre jours, elle aurait roulé avec une voiture dont une roue a été intentionnellement déboulonnée. Elle pouvait y perdre la vie, ses enfants aussi. Les locaux de la radio ont été forcés. 

Morgan Large s’avère coutumière des insultes, coups de fil anonymes et visites nocturnes. Des menaces, quoi. 

Cette fois, elle porte plainte, épaulée par Reporters sans frontières. Ses confrères de la radio ainsi que les journalistes du collectif Kelaouin (« informer » en breton)  se rassemblent à 12h, sur la place du marché, à Rostrenen, pour dire haut et fort qu’ils ont peur, mais qu’ils ne se tairont pas.

Si vous vous trouvez à moins de 10 kilomètres, allez les soutenir

Ils se battent pour nous tous, et pour vous en particulier sur le territoire breton, pour une information libre et honnête concernant l’agro-industrie. Les coulisses de la production, les ravages de la pollution. Face à eux, éleveurs et entreprises du secteur – premiers employeurs de la région – jouent de leur immense influence. Et d’aucuns font régner l’omerta.   

En mai 2020, journalistes, agriculteurs, scientifiques, avocats, syndicalistes, militants associatifs et élus signent une tribune dans « Libération » pour soutenir une autre journaliste, Inès Léraud. Vous connaissez son enquête sur les algues vertes, diffusée sur France Culture et France Inter, avant de faire un carton en bande dessinée : "Algues vertes : l'histoire interdite" (La Revue Dessinée / Delcourt). 

En cause, notamment, le puissant groupe Triskalia

Cela lui a valu la plainte d’un bureau d’étude qui travaille pour les géants locaux. Plainte retirée pile avant l’audience. Mais à l’enquête suivante, publiée par le site d’info Bastamag, c’est le groupe Chéritel, grossiste breton en fruits et légumes, qui l’attaque à son tour. Là encore, plainte retirée juste avant le procès.

Le cas d’Inès Léraud a été largement médiatisé. Il a mis en lumière le quotidien de journalistes qui subissent, en Bretagne, des pressions permanentes. Elles sont souvent déguisées, indirectes – plus feutrées que le harcèlement judiciaire contre Inès Léraud ou le sabotage contre Morgan Large – mais il s’agit bien d’une guerre de basse intensité contre le droit d’informer. 

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