La nouvelle campagne de pub du "Washington Post" marque un tournant dans la défense des médias.

Capture d'écran du spot du "Washington Post" diffusé au "Super Bowl"
Capture d'écran du spot du "Washington Post" diffusé au "Super Bowl"

Vue par 100 millions de personnes pendant le « Super Bowl », elle m’est d’abord apparue comme une énorme tarte à la crème sur le journalisme. Et les violons, et la voix de Tom Hanks et les archives de l’actu américaine : « Quand la Nation est menacée, il y a quelqu’un qui recueille les faits

« Vous racontez l’histoire peu importe le prix à payer » (avec des portraits de journalistes assassinés). Suit cette conclusion : « savoir nous rend plus fort ; savoir nous aide à décider ; savoir garantit notre liberté ». Woo… assommée par tant de grandiloquence ! 

Mais pourquoi le Washington Post a-t-il donné à ce point dans le lourdingue ?  

Comparez avec le spot que diffusait CNN il y a 18 mois. 

Humour et épure. « Ceci est une pomme. Certains vous diront que c’est une banane. Vous pourriez commencer à croire que c’est une banane. Mais c’est une pomme ». Le slogan de CNN en croisade contre Donald Trump ? « Facts First » (« Les faits d’abord »). Ça paraît loin et au Washington Post, aussi férocement anti-Trump, on pense que ça ne sert plus à rien. Que les faits ne convainquent plus personne

Un seul argument reste à marteler : la lumière

C’est ce que je vous disais lundi sur l’arrivée du « fact checking » dans les journaux de 20h : tuer une rumeur consiste désormais à l’exposer médiatiquement pour contrer l’idée que les journalistes taisent volontairement le sujet. 

Vous allez penser que je radote mais ce virage dans la défense que les médias font d’eux-mêmes me semblent majeur. À la fin de sa pub pudding, le Washington Post opte pour le slogan suivant : « Democracy dies in darkness » (la démocratie meurt dans l’obscurité). C’est habile, en fait. Car le journal reprend à son compte le présupposé des paranoïaques, « oui, il y a des choses qu’on vous cache », mais il en renverse la conclusion, « non, la démocratie ne prospère pas sur des secrets ». L’ombre ne nourrit qu’une chose, le complotisme. 

Au lieu de faire des journalistes les héros de la vérité, le Washington Post les brosse en soldats de la lumière.    

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