A Paris, la bataille fait rage autour d'une campagne anti-avortement. Anne Hidalgo en a même fait un casus belli personnel, outrepassant largement ses prérogatives. C’est assez choquant. Sonia Devillers vous explique.

Anne Hidalgo
Anne Hidalgo © AFP / Ludovic Marin

La campagne : 400 affiches placées le 1er janvier sur les murs des gares en Ile-de-France. Avec ce slogan : « La société progressera à condition de respecter … la maternité », ou bien « la paternité », ou encore « la vie ». Message clairement anti-PMA et anti-avortement, émanant de l’association Alliance Vita. Vive émotion. A la Mairie de Paris, on s’étrangle et on interpelle la régie publicitaire des gares SNCF, une société privée nommée Médiatransports, filiale de Publicis. 

Dès le lendemain, Médiatransport décide de retirer deux des trois visuels, relevant, selon elle, du « militantisme ». Pourquoi ? Parce que gérant des panneaux dans des gares, espaces publics, de surcroit pour la SNCF, entreprise publique, Médiatransport est tenue à la « neutralité » des messages affichés. Vous me direz, il aurait fallu y penser avant et ne pas les afficher. Médiatransport plaide l’erreur. 

De son côté, Alliance Vita, furieuse de voir sa campagne amputée en 48 heures, saisit la justice. Décision en référé samedi : ces affiches ne comportant aucun appel à la haine ou images choquantes, elles ne contreviennent pas aux lois qui encadrent la publicité extérieure. Il faut donc les ré-accrocher. Médiatransport, qui travaille pour la SNCF, ne moufte pas et fait appel. On verra.

Mais sans attendre, la maire de Paris a encouragé, sur Twitter, Médiatransport à « user de toutes les voies de droit possibles pour qu’il soit mis définitivement fin à cette campagne ». Normal, elle est de gauche, elle n’aime ni les anti-PMA, ni les anti-avortement. Bah non, en fait, pas normal. Tant qu’on est dans le cadre de la loi, un maire n’a pas à se mêler des affiches qui trônent dans sa ville. Sinon, c’est la porte ouverte aux maires d’extrême-droite qui ne veulent plus voir d’affiche pour le ramadan parce qu’ils n’aiment pas les musulmans. Ou aux maires catholiques-ultra qui ne veulent plus voir d’affiche sur le Sida parce qu’ils n’aiment pas les homosexuels. Ce serait TRES grave. La liberté d’expression ne doit PAS dépendre de l’idéologie d’une mairie. Même si c’est pour laisser pavaner les anti-IVG, tant pis. C’est d’ailleurs en ce sens – protéger le droit de tous à s’exprimer, article L.581-1 du code qui régit l’affichage - que le tribunal a tranché samedi. Curieux, quand même, qu’une mairie de gauche dise ne rien n’y avoir « compris ».  

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