Le réseau social Twitter s’est offert un spot de pub sur ABC en pleine cérémonie des Oscars.

La poétesse new-Yorkaise, Denice Frohman, déclame ses vers face caméra, s’en suivent les portraits noirs et blancs de 45 femmes à qui elle dédie ses mots.

« J’entends une femme devenir elle-même la première fois qu’elle parle sans permission. Ensuite, chacun de ses mots sonne comme une révolte ». Voilà donc Twitter qui fait sa promo. Avec un slogan en forme de hashtag, bien sûr, #HereWeAre. Traduction : c’est là que nous sommes ! Nous les femmes, toutes les femmes. Sous-entendu, c’est sur Twitter, pas sur le vieux média que vous êtes en train de regarder, (la télévision !), et encore moins dans le programme particulièrement blanc et patriarcal que vous vous coltinez chaque année, les Oscars.

Ce qui me fait rire, c’est qu’on entend toujours les réseaux sociaux, Twitter comme Facebook, dire « le contenu, on n’est pas responsable ! »

La haine antisémite, c’est pas nous. Le harcèlement, c’est pas nous. La propagande djihadiste, c’est pas nous. Nous sommes le tableau noir, nous sommes la craie, nous ne sommes pas les mots. Mais quand il s’agit de se réapproprier les mouvements Balance ton porc et autres Mee too, alors là, c’est eux ! Le ferment de l’émancipation féminine et de sa fierté réaffirmée, c’est Twitter.   

En même temps, cette posture interroge le rôle d’un média dans un mouvement social qui fait date.

Et si Facebook avait sponsorisé la météo en 2011 avec une réclame disant : « Les Printemps Arabes, c’est nous » ? Ça aurait drôlement fait causer à l’époque. Aujourd’hui, ça alimenterait les thèses d’historiens qui s’interrogent sur le rôle du média social, sur la réalité de cet embrasement trop vite baptisé « Révolution Facebook ». Force est d’admettre pourtant qu’une aspiration collective porte l’empreinte du médium qui l’a fait émerger, qui l’a formulée et qui l’a propagée.

Force est d’admettre, aussi, que nombres d’évènements historiques sont associés dans nos mémoires aux médias qui les ont mis en mot ou mis en image. L’exemple qui vient immédiatement à l’esprit ? CNN et la guerre du Golf. Vous me direz, CNN n’est pas LA télévision, seulement une chaine parmi d’autres. Non. CNN est la 1ère chaine d’info au monde. En 1991, ce nouveau type de média émerge à peine en Angleterre, mais n’existe nulle part en Europe. CNN marque de son sceau la mise en scène du conflit irakien du point de vue américain. L’information continue devient un acteur à part entière de la géopolitique.

Bref, c’est pareil pour Twitter, support d’un féminisme révolté

Pas juste un réseau social parmi d’autres. Non. Une agora numérique bien spécifique, lieu de l’expression politique où sont surreprésentés militants et relais d’influence en tous genres. Cette pub dont je vous parlais, elle est d’un opportunisme assez débectant, mais elle dit aussi que, profondément, un nouveau média c’est un monde qui change. C’est pas Gutenberg qui dirait le contraire.     

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