On commémore cette semaine la chute du Mur de Berlin. Or, témoins et historiens se posent encore cette question : la télévision a-t-elle fait tomber le Mur ?

Télévision des années 1980
Télévision des années 1980 © Getty / RyanJLane

9 novembre 1989, Günter Schabovski, un apparatchik est-allemand donne une conférence de presse et annonce la prochaine ouverture des frontières de la RDA. Les questions fusent sur le calendrier. L’homme perd pied et commet cette réponse que ne corrobore aucune décision véritablement aboutie. « Immédiatement », « sans délais ». Les journalistes sortent de là très embrouillés. 

Mais à 19h04, l’agence de presse américaine AP balance une dépêche : ouverture imminente de la frontière. Une minute après, un autre « express » suivra pour relativiser la nouvelle. Trop tard. 17 000 journaux, 5000 radios et télévisions se ruent pour la raconter au monde entier. Dans leurs éditions de 19h30, les JT allemands, à l’Est comme à l’Ouest, minimisent pourtant l’affaire. C’est le journal de 22h30 de la Une, à l’Ouest, qui la fait littéralement exploser. Ecoutez le présentateur Hans-Joachim Friedrichs se lâche, sans aucune validation journalistique : 

Il faut être prudent dans l’emploi des superlatifs, ils se déprécient vite. Mais ce soir, il est permis d’y recourir. Ce 9 novembre est une date historique. Les portes du Mur sont largement ouvertes

Vous imaginez ? Dans son livre aux Editions Larousse, Michel Meyer, notre ancien correspondant à Berlin et directeur de l’info de Radio France, décrit les effets de cette séquence : embouteillage de Trabant et foule immense au pied du Mur alors que les chefs de poste n’ont reçu aucun ordre. Ils sont obligés d’ouvrir.

La chercheuse Isabelle Bourgeois détaille, elle, la façon dont Berlin Est parvenait à capter la télévision de l’Ouest, le Mur n’arrêtant pas les ondes hertziennes. C’est même, insiste-t-elle, le seul bien occidental que pouvaient consommer les Allemands de l’Est, la télé. Or, un mois avant la chute du Mur, des rassemblements spontanés avaient lieu pour réclamer la démocratie. Ils étaient filmés et diffusés par les JT de l’Ouest mais également regardés à l’Est. Les manifestants se voyaient manifester – effet miroir - et dans chaque foyer l’on pouvait se dire « si d’autres y sont, j’irai aussi » - effet contaminant. Ainsi, le média télé a-t-il joué un rôle primordial dans la constitution de l’opinion est-allemande, amorçant la spirale

Jusqu’au 9 novembre, jour historique où la télévision a annoncé l’Histoire avant même qu’elle ne se produise. 

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