Le langage numérique s'enrichit de 59 nouveaux émojis, validés par un consortium international à but non lucratif.

Le Consortium Unicode définit des standards informatiques valables dans toutes les langues et sur toutes les machines. Les cœurs, les danseuses de flamenco, les dollars, les pouces vers le haut, deux mains jointes, les sourires jaunes avec leurs gros yeux débiles dont vous inondez vos SMS, participent de cette circulation de données numériques mondiales. Ces pictogrammes ont été inventés dans les années 1990 par l’opérateur télécom japonais NTT DoCoMo. Ils doivent être techniquement lisibles sur les réseaux sociaux, comme sur les textos. Culturellement, compris de tous et acceptés de tous. 

Aussi, chaque livraison annuelle d’émojis révèle son caractère éminemment politique. Le dessin du couple se tenant la main intégrera bientôt une infinie combinaison de genres et de couleurs de peau. Les prothèses, les fauteuils roulants et les chiens d’aveugles feront également leur entrée dans vos téléphones. Les gaufres et le maté, aussi. Comme les singes paresseux, tant mieux. Autant de micros figures qui se substituent aux mots ou les augmentent d’une intention non-verbale que notre visage, le ton de notre voix font passer dans la conversation physique. 

D’où cette épidémie de smileys jaunes qui pleurent, rient, bisouillent, tirent la langue, pioncent ou fulminent. Pour ma part, je les exècre, leur reconnaissant néanmoins l’exploit d’avoir purgé nos écrans des « lol » et autres  « mdr », abjects acronymes sensés ponctuer l’humour. Il est vieux, vous savez, le rond jaune avec deux yeux et une bouche expressive. En 1953, page 20 du New York Times, une publicité pour le film « Lilly » illustrait déjà les émotions du spectateur par des smileys. Rien n’y fait, je continue de les trouver bêtifiants. 

D’ailleurs, je pensais que, lorsqu’on était un chef, une grande personne ou quelqu’un d’important, les émojis (smileys et autres) étaient naturellement proscrits des messages qu’on adressait aux autres. Raté. Les managers en abusent, histoire de renforcer la complicité avec l’inférieur hiérarchique… (c’est moins vrai en sens inverse). Par curiosité, j’ai balayé hier les comptes des ministres, beaucoup sont accrocs. Comme nos institutions,  la police nationale et le ministère de l’Education Nationale saupoudrent de l’émoji à tout va ! Les Ors de la République tweetent et ce faisant, font entrer un peu de ce langage numérique – longtemps considéré comme un français « djeuns », flemmard et dégradé - dans l’expression officielle. Lol.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.