Depuis plusieurs mois, l'Australie est dévastée par de violents incendies. Quel spectacle les médias donnent-ils de ce désastre majeur ?

Les pompiers s'attaquent à un feu de brousse dans une épaisse fumée dans la ville de Moruya, au sud de Batemans Bay, en Nouvelle-Galles du Sud, le 4 janvier 2020.
Les pompiers s'attaquent à un feu de brousse dans une épaisse fumée dans la ville de Moruya, au sud de Batemans Bay, en Nouvelle-Galles du Sud, le 4 janvier 2020. © AFP / Peter Parks

Le brasier cathodique. Nos journaux télévisés et nos réseaux sociaux ont littéralement pris feu. Déferlement d’images apocalyptiques dont la furieuse incandescence exerce sur nous un pouvoir d’hypnose où se mêlent terreur et fascination. Atroce, inoubliable. Nous ne pouvons plus détourner les yeux de nos rougeoyants écrans. 

Qui dit « spectaculaire » dit « spectacle ». Aussi me suis-je simplement demandée ce qu’il y avait en arrière-plan de ces séquences. Et si notre regard était imprégné par d’autres sources d’images ? Fictives, certes, mais tellement persistantes dans la mémoire collective. Je veux parler des films « catastrophe », nés avec le cinéma lui-même. Les années 1930 regorgent de cataclysmes en tous genres, ouragan, déluge, tremblement de terre, volcan, cyclone, incendie… vécus comme autant de punitions divines. 

Michael Curtiz, Abel Gance, John Ford… Hollywood inventent une grammaire visuelle de la catastrophe – avec ses invariants - dont nous sommes probablement, nous journalistes et téléspectateurs, héritiers aujourd’hui. Le cinéma, matrice de nos imaginaires et de nos langages. C’est mon hypothèse du jour. Le cinéma ayant produit des modèles si puissants qu’il aurait conditionné la mise en scène de l’actualité. Le grand retour de la catastrophe naturelle à Hollywood, je ne parle pas des paquebots qui coulent, ou avions qui s’écrasent, se fait dans les années 1990, après Tchernobyl. Naissance de l’écologie, fin du siècle, fin du monde. Les blockbusters prophétisent la catastrophe finale.   

L’Amérique ravagée par les eaux ressemble tant à l’Australie dévorée par les flammes

N’est-ce pas troublant de se dire que tout ce que les JT montrent  d’inondations meurtrières, de typhons et autres fournaises compte un antécédent de fiction ? On a tous déjà vu ça, mais, pour de faux, au cinéma. 

Est-ce que cela rend les images d’actu encore plus puissantes, encore plus évocatrices ? Oui. Ou est-ce que ça les déréalise ? Oui, aussi. 

A trop chercher le sensationnel au détriment du rationnel, à trop réactiver les codes des superproductions en carton pâtes, voilà ce qu’on risque. 

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