Hier, le magazine américain Forbes publiait son classement annuel des milliardaire.

Le classement Forbes donne le classement des plus grandes fortunes mondiales.
Le classement Forbes donne le classement des plus grandes fortunes mondiales. © Getty / Sawitree Pamee / EyeEm

Et comme j’en ai rien à cirer, moi, de savoir qui est premier, je me dis qu’il y en a un qui doit être content : c'est Picsou ! Même si en vrai, c’est Jeff Bezos, patron d’Amazon et propriétaire du « Washington Post » qui gagne. « Forbes » est une vielle dame, une revue centenaire aux Etats-Unis. Sa liste des 400 fortunes, elle, date de 1982. Malcolm Forbes lui-même en avait eu l’idée. Normal, il était dedans. Mais il brisait un tabou : longtemps les milliardaires y ont figuré contre leur volonté, redoutant d’étaler leur patrimoine. Donald Trump fut l’un des premiers à harceler la rédaction pour gagner des places au palmarès. Après lui, un émir attaqua le journal en diffamation, jugeant sa fortune sous-évaluée. Changement d’époque et de mentalité. 

En octobre dernier, Forbes a lancé en France une version papier du magazine. Et sort ce matin, le classement des milliardaires français, Bernard Arnault en tête, qui s’étale dans les kiosques. Faut dire que le marché tricolore s’y prêtait. 

Tellement la France regorge de grandes fortunes ? Non, tellement la presse française regorge de classements. 

Tout se classe, voyez-vous : les grandes écoles, les villes, les restos, les urgences hospitalières, les supermarchés les moins chers. L’épidémie ne date pas d’hier. Franz Olivier Giesbert, directeur de la rédaction du « Figaro », dans les années 90, Christophe Barbier, de « l’Express », dans les années 2000, et le même Giesbert devenu ensuite patron du « Point » y sont pour beaucoup. S’inspirant, justement, des anglo-saxons, ils ont fait de leurs palmarès des marques, défendant âprement leur pré-carré, voire lançant des raids pour se piquer les meilleurs sujets à classer.

Il y a évidemment une lecture idéologique passionnante à mener de cet invariant journalistique. Comment ne pas y voir le triomphe d’un monde ultra-libéral où chaque élément de notre vie sociale se quantifie à l’aune de sa performance ?

Mais ces classements sont aussi, de manière plus pragmatique, la traduction de la rencontre, à la fin du siècle dernier, du journalisme et de l’informatique. La banque de données devient matière à information. Les rédactions apprennent à traiter et à mettre en scène les chiffres. Elles ne le savent pas encore, un jour, elles appelleront ça le « datajournalisme ». 

Comme dirait Picsou : « chanter, c’est bien. Compter, c’est mieux »

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