Un homme a été interpellé après avoir agressé une femme dans le métro. Elle l’avait filmé avec son téléphone.

Capture d'écran de la vidéo d'Adélaïde
Capture d'écran de la vidéo d'Adélaïde

Adélaïde, 35 ans, se fait crassement pincer les fesses par un type qui lui adresse « un petit rictus glaçant », puis s’éloigne d’un pas nonchalant. Adélaïde dégaine son portable et suit son agresseur en le filmant. Elle poste la vidéo sur les réseaux sociaux. C’est un internaute qui lui conseille de se rendre au commissariat. Un homme est désormais aux mains de la police.

On voit bien ici comment la caméra peut devenir une arme de défense pour les femmes. L’image, d’abord, donne réalité aux faits. Leur viralité numérique, ensuite, permet de rompre la solitude de la victime. Car le plus dur à surmonter est le face-à-face avec l’agresseur. Adélaïde en témoigne dans la presse « J’avais les genoux qui tremblaient. Je me suis sentie une proie. J’ai décidé de filmer pour reprendre le contrôle ».

Adélaïde ajoute ailleurs : « Sans vidéo, vous n’êtes pas cru ». 

C’est là que le procédé pose problème. Lorsqu’une personne porte plainte, il y a une enquête dite « contradictoire ». Or, dans ce cas, le visage d’un individu est rendu public sans qu’il ait pu s’expliquer, sans qu’il ait pu se défendre. Mais, innocent ou pas : aux yeux des internautes, l’homme est déjà jugé. C’est d’autant plus dérangeant qu’Adélaïde ne l’a pas filmé au cours de l’agression qu’elle décrit, mais lorsqu’il s’en va. Donc, la vidéo n’atteste en rien des faits. En outre, le début et la fin de ces vidéos privées sont choisis par leurs auteurs. On ne sait pas ce qui s’est passé ni avant, ni après, ni en dehors de ce qui se trouve dans le champ de la caméra. En fait, ce type de vidéo est l’exact équivalent d’un dépôt de plainte. C’est la version de la victime. Aucun élément de plus à charge. Aucun. 

D’ailleurs, la police n’a pas travaillé à partir de ces images. Elle a saisi celles des caméras de surveillance. Il est crucial de le souligner. Je ne minimise en rien ce qu’a vécu Adélaïde et ne remet pas en cause sa sincérité. Ce que je pointe ici c’est comment une même séquence filmée par un portable peut s’avérer aussi réparatrice pour une victime que trompeuse pour l’opinion. Ceci n’est pas une preuve. Sans preuve, pas de coupable. 

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