Alain Cocq voudrait mourir en direct sur les réseaux sociaux. Facebook s'y est opposé.

Alain Cocq en août 2020 dans sa chambre médicalisée chez lui à Dijon
Alain Cocq en août 2020 dans sa chambre médicalisée chez lui à Dijon © AFP / PHILIPPE DESMAZES

Au motif que la plate-forme traque toutes images de nature à heurter, notamment celles qui exposent la mort : le meurtre, évidemment, mais également le suicide. Alain Cocq, 57 ans, est atteint d’une maladie incurable. Il a multiplié les actions médiatiques pour alerter l’opinion et interpeller le Président de la République, réclamant le droit à une sédation profonde. Problème : Alain Cocq n’entre pas dans le cadre du dispositif encadrant la fin de vie en France. Certes, il est parvenu à donner une réelle visibilité à son combat. Son nom, les photos et vidéos de lui torse nu dans son lit médicalisé ont occupé tous les médias ces derniers jours. En revanche, à l’Élysée, ce fut une fin de non-recevoir.

Alain Cocq a dès lors choisi de se laisser mourir et de diffuser sa fin de vie sur sa page Facebook. Il veut à tout prix que « les Français comprennent ce qu’est l’agonie programmée par la loi Leonetti ». Il a pris son dernier repas tard vendredi soir et a cessé de s’hydrater. Facebook n’en a pas moins désactivé le live, dès samedi midi, appliquant à ce flux d’images son règlement concernant l’automutilation et donc, le suicide. Des mesures renforcées depuis 2016 lorsqu’une fille de 19 ans, dans l’Essonne, a martelé son projet de suicide sur Periscope, application concurrente de Facebook Live, puis s’est jetée sous un train en direct.  

Les géants du numérique ont craint « un effet Werther 2.0 », reprenant le nom d’un personnage de Goethe, célèbre pour ses affres et pour l’épidémie de suicides que le livre aurait engendré lors de sa parution en 1774. Le 18ème siècle ou la puissance de l’imprimé. A chaque époque son média, dans les années 70 aux Etats-Unis, l’effet Werther théorise l’effet contagieux des suicides fortement médiatisés. C’est la télévision qui est visée. Aujourd’hui, ce sont les partages de pensées et d’actes morbides sur les réseaux sociaux. 

Sauf qu’Alain Cocq récuse l’intention de se suicider et refuse qu’on assimile sa démarche à une promotion du suicide. Il martèle sa foi catholique et dit s’inscrire dans la loi en interrompant son traitement. Alain Cocq estime effectuer un geste de nature militante et accuse Facebook d’entraver sa liberté d’expression, donc de censure politique. Le mourant promet que ces images verront le jour et envoie ces soutiens protester au siège de la firme. Bras de fer devenu course contre la montre. Cet homme peut mourir d’un jour à l’autre. 

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