Bernard Tapie a prêté, samedi, des locaux de "La Provence" à une réunion de gilets jaunes. Réactions en cascade, depuis.

Bernard Tapie
Bernard Tapie © AFP / Emmanuel Dunand

L’homme d’affaires avait lancé l’invitation à votre micro, Léa, avant Noël. Finalement, ce ne sont pas les rotatives qui ont été prêtées, mais un hangar à papier. S’y sont réunies une soixantaine de personnes dont Christophe Chalençon, Hayk Shahainyan et Ingrid Levavasseur, la jeune femme qui a dû, face aux pressions et menaces, renoncer à siège de débatteur sur BFMTV. 

Premier problème, gérer sur place l’afflux de monde et la colère de ceux qui n’ont pu pénétrer le local. Ça n’a pas dégénéré, mais les journalistes de « La Provence » s’interrogent aujourd’hui sur le risque en plein samedi de manif. Et sur les critères du choix : qui à l’intérieur et qui pas ? Comment rendre des comptes ensuite sur le terrain à des gilets jaunes qui vous en demandent légitimement ? 

Cette réunion, destinée à structurer le mouvement, s’est achevée par une conférence de presse que les journalistes du quotidien ont couverte alors qu’elle se déroulait dans leurs propres murs et qu’elle était retransmise en Facebook live sur la page du journal ! Ils ont trouvé cela absurde et déontologiquement acrobatique : « Nous effectuons notre mission de journalistes aux côtés des gilets jaunes depuis le mois de novembre. Mais offrir l’outil industriel à un mouvement, c’est compromettre la neutralité du titre. "Un journal, ce n’est pas un jouet", martelait hier un confrère marseillais joint par téléphone. 

Dans les hautes sphères du quotidien, on minimise : « Tant que ce n’est pas une liste aux européennes, ce n’est pas un soutien politique de notre part ». Bernard Tapie, lui, ne voit pas pourquoi, il faudrait chinoiser : "On doit mettre à la disposition des mouvements politiques du moment qu'on prend pas partie, y'a aucun doute pour moi, ça fait partie de nos devoirs". 

Et le syndicat national des journalistes de se demander par communiqué, alors pourquoi pas la Manif pour tous ou l’Action française s’ils ont besoin de se réunir ? 

Toujours sur France Bleu, hier matin : "Est ce que c'est exact, il y a deux pages par semaine pendant un mois qui seront consacrées aux gilets jaunes, c'est ce que Christophe Chalençon, gilet jaune provençal, affirme. Eh évidemment, ça fait un peu tousser au sein de la rédaction de la Provence ? Attendez, la rédaction a une responsabilité, elle n'est pas patronne du journal."

C’est sûr, mais elle pose quand même de bonnes questions. Ces pages vont-elles engager les opinions du journal ? Qui va contrôler leur contenu ? Bref, la prochaine fois que Bernard Tapie veut recevoir, plaisante le SNJ, qu’il le fasse dans son hôtel particulier ou sa villa de Saint-Tropez !     

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