Les chaines d’information en continue sont passées sans transition du confinement aux manifs antiracistes, d’où un spectaculaire contraste visuel à l’écran.

Pour nombre de gens qui habitent à l’écart des grandes villes, le confinement a pesé sur le quotidien mais n’a pas changé énormément leur environnement. Quant aux marches contre les violences policières, ils ne les voient pas défiler. Par la fenêtre, la vie est toujours la même. En revanche, à la télé, en quelques jours, le monde a (ou aurait) radicalement changé. 

C’est visuellement saisissant. Pendant des semaines, l’info ne nous a montrés que des rues vides. Désormais, elle ne nous montre que des marées humaines. La rupture visuelle est d’autant plus frappante que les séquences vues du ciel – démocratisation du drone oblige – sont devenues un invariant des JT. Aussi utilise-t-on les mêmes procédés de survol pour mettre en scène les mêmes places, les mêmes avenues, tantôt désertées, maintenant noir de monde. 

Allumer la télé, donc, passer du dedans au dehors, de l’absence à la foule, du silence au vacarme, de la distanciation sociale au rassemblement, de la peur de l’autre exorbitée à l’urgente solidarité. Un logiciel se serait donc métamorphosé ? L’incroyable Une du « New-York Times », couverte des 100 000 noms des 100 000 morts américains ne date que du 24 mai. Mais c’était la veille du jour où George Floyd est mort asphyxié sous le genou d’un policier. La veille. En un jour, les États-Unis auraient basculés. Oui. Et non. Partout, les violences policières ont continué pendant le Covid. Et le Covid continue pendant les manifs. Il tue encore 1000 personnes par jour aux US. Seulement, le temps médiatique et ses effets de loupes ont chassé l’épidémie  au siècle dernier. À un monde d’avant la colère. 

Au monde de la semaine dernière. A l’image, il ne reste qu’un pont, un seul, entre ces deux séquences médiatiques antagonistes qui ont tout écrasé sur leur passage : ces masques que portent les manifestants, qu’ils exhibent devant les caméras et sur les réseaux sociaux. Il y est écrit : « I can’t breathe », « Je ne peux pas respirer ».

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