Hier soir, Anglais et Américains ont assisté à un duel télévisé : celui d’une reine face à une impératrice.

Montage photo avec Oprah à gauche et la Reine d'Angleterre à droite
Montage photo avec Oprah à gauche et la Reine d'Angleterre à droite © AFP

La première parlait sur la BBC. La seconde interviewait sur CBS Harry et Meghan, couple princier. 

La reine, c’est sa majesté Elisabeth II, couronnée en 1953, monarque du Royaume-Uni et de quinze autres États souverains, fille de George VI, petite fille de George V, arrière-petite-fille d’Edouard VII, arrière-arrière-petite-fille de la Reine Victoria. 

L’impératrice, c’est Oprah Winfrey, animatrice et productrice, née d’une fille-mère, domestique, afro-américaine, dans le Mississippi ségrégationniste des années 1950. Oprah, violée lorsqu’elle était enfant. Oprah, bonne élève et boursière. Oprah, meilleure oratrice que les autres, commence sa carrière sur une antenne de radio noire. Oprah, millionnaire à 30 ans, première femme noire devenue milliardaire. Elle règne sur un phénoménal empire médiatique, allant de la presse au cinéma hollywoodien.

Le Royaume versus l’Empire, deux modèles, deux légitimités. Le royaume en héritage versus l’empire bâti à mains nues. C’est Dieu, le sang, la lignée, qui confèrent à Elisabeth II son territoire et son pouvoir. Ce sont ses propres conquêtes qui ont étendu l’influence d’Oprah Winfrey et assis sa puissance. On a même parlé d’elle comme possible présidente des États-Unis. 

Le jour où Elisabeth II va abdiquer ou bien décéder, son fils va lui succéder. La reine est morte, vive la reine. Oprah Winfrey a eu une enfance si atroce qu’elle n’a elle-même pas eu d’enfant. Sauf, peut-être, les enfants noirs d’Afrique et d’Amérique qu’elle aide à travers ses œuvres caritatives. Il est là le pouvoir d’Oprah. Puisqu’elle s’est faite elle-même, elle fait qui elle veut. 

Lorsque Meghan Markle, fille de Los Angeles, métisse et divorcée, qui s’est hissée à force de volonté sur les plateaux de télé, parle d’Oprah Winfrey, elle dit "mon amie". Oprah, dit de Meghan, "mon amie" aussi. D’ailleurs, Oprah était assise dans les premiers rangs de cette superproduction illusoire, ce mariage à Windsor alliant aristocratie anglaise et superstars noires. On y a cru. Pas longtemps, mais on y a cru. Maintenant que Meghan a été officiellement expurgée de la royauté, pensez-vous qu’elle s’en retourne au peuple ? Non. Elle reprend ce qu’elle a gagné, son rang. Dans un système qui auto-engendre ses puissants. Oprah Winfrey la reçoit. Elle ne couronne pas, elle adoube. Face à la monarchie britannique, une dynastie symbolique.  

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