La politique italienne vit un soap opéra par réseaux sociaux interposés.

Matteo Salvini
Matteo Salvini © Getty / Alessia Pierdomenico/Bloomberg

Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur, filait depuis 3 ans le grand amour avec Elisa Isoardi, très connue du public. Ancienne miss et mannequin, elle est devenue présentatrice sur la Rai (chaîne de télévision italienne). Cette année, elle reprend « La Prova del cuoco », « La Preuve par la cuisson », télé-crochet culinaire : 

Passons sur la vulgarité de l’animatrice, les gros plans sur ses jambes, et plans serrés sur ses yeux de biche qu’elle fait rouler à l’envi. L’audiovisuel public italien est à pleurer

Elisa Isoardi, visage d’une chaîne nationale, compagne d’un chef de gouvernement, n’a rien trouvé de mieux que de plaquer, lundi, son Matteo Salvini sur Instagram. Elle poste une photo d’eux au lit, lui, torse nu. « Avec un immense respect pour l'amour véritable que c'était. Merci Matteo. »

Furieux de ce déballage, Matteo Salvini rétorque sur Facebook : « Par éducation, caractère et respect, je n'ai jamais étalé ma vie privée, ça n'intéresse pas les Italiens. J'ai aimé, j'ai pardonné, j'ai sûrement fait des erreurs, mais j'y ai cru jusqu'au bout. Dommage, quelqu'un avait d'autres priorités. » Vous noterez le choix des médias. Elle attaque sur Instagram, le réseau des jeunes, des branchés, des connectés, des journalistes. Il riposte sur Facebook, le réseau des gens, de tous les gens.

Autre élément de langage numérique, l’image. Au cliché dévoilé de leur intimité, il rétorque par une photo de lui en pleine campagne ensoleillée les bras grands ouverts. Son message commence par rappeler d’où il parle : l’Afrique, où il venu travailler sur l’immigration et la sécurité. Sous-entendu : Monsieur est aux affaires du pays, Madame est à ses histoires de cul. Sauf que l’image publiée par Salvini ne représente pas du tout son voyage officiel au Ghana, mais un champ d’oliviers qui n’a vraiment rien d’africain. Une autre star de la téloche italienne a cru reconnaître un haut lieu de production d’huile d’olives dans les Pouilles. Finalement, une agence de presse a retrouvé l’origine de la photo, prise en Toscane, au mois de juillet. Salvini y célébrait une exploitation arrachée aux mains de la mafia. Et là, personne n’y comprend plus rien : le Ghana, les migrants, l’amoureux trahi, l’huile, Cosa Nostra. Un pays regarde effondré son leader tout mélanger et se dit qu’il préférait la télé-réalité. C’était aussi débile, mais moins abstrait.  

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