Les élections indiennes approchent. Inquiétude sur le poids de la messagerie Whatsapp dans la circulation des « fake news ».

Utilisateur de WhatsApp
Utilisateur de WhatsApp © AFP / CARSTEN REHDER / DPA / dpa Picture-Alliance

En France, WhatsApp permet à de petits groupes de cousins, de copains, de copropriétaires, de parents d’élèves, de collègues concernés d’échanger texte, photos, vidéos gratuitement. En Inde, c’est très différent. Les SMS sont payants. Dès lors, 200 millions de personnes (le nombre a triplé en quatre ans) utilisent cette application comme unique messagerie. Et y accomplissent des rituels quotidiens comme le « good morning » en images. 

Sorte de micros cartes de vœux numériques pour se souhaiter la bonne journée, même le Premier ministre en poste au réveil. Les Indiens se servent aussi massivement de la fonction « transfert », redispatchant des petits jeux envoyés par d’autres et les infos. D’où un phénoménal potentiel de propagation des rumeurs. Rappelons que plusieurs dizaines de personnes ont trouvé la mort auprès de foules vengeresses gavées de vidéos montrant des enlèvements d’enfants, notamment dans l’Etat du Gujarat. Les pouvoirs publics ont publiquement désigné WhatsApp comme premier moteur de circulation de ces fausses informations. 

Rappelons, aussi, que l’Inde est gouvernée par un nationaliste hindou, Narendra Modi. Les tensions communautaires et partisanes y sont plus exacerbées que jamais. C’est le terrain idéal pour, comme au Brésil (120 millions d’inscrits sur la messagerie), mitrailler de la « fake news » dans le but de déstabiliser l’électorat de la plus grande démocratie au monde. 

WhatsApp appartient depuis 2014 à Facebook (encore lui) qui, au Brésil, a passé des accords commerciaux très agressifs avec tous les opérateurs de téléphonie pour que chaque propriétaire de smartphone ait un accès gratuit et permanent à WhatsApp, remplaçant les textos, mais aussi les emails. 

Pendant la campagne, le clan Bolsonaro a passé des accords avec des sociétés spécialisées dans des envois par centaines de millions sur Whatsapp de messages électoraux, voire de purs mensonges, eux-mêmes « transférés » de groupes en groupes. Or, plus le groupe est petit, plus il est familial, plus les gens ont confiance en ce qu’ils reçoivent. En outre, le fonctionnement de Whatsapp est chiffré de bout en bout, ce qui garantit le caractère privé des communications, mais empêche l’appli ou même un tiers de traquer les messages problématiques et de remonter à leur source. 

Le rôle joué par Whatsapp dans le scrutin brésilien fait aujourd’hui l’objet d’enquêtes parlementaire et judiciaire. Le Brésil est le deuxième utilisateur au monde de WhatsApp, juste derrière… l’Inde, où le scrutin commence après-demain. 

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