C’était samedi dernier, dans « The Voice » sur TF1.

Extrait

 L’Hallelujah de Léonard Cohen repris en arabe par une gosse de 22 ans, Mennel. Première candidate en 8 saisons de « The Voice » à porter le foulard. Vivats du public. Huées de certains téléspectateurs, indignés par ce turban qui laisse apparaître la nuque mais lui prend les cheveux. Notons que les uns la jugent trop couverte, d’autres pas assez voilée…   

Dès le lendemain, démarre « l’affaire Mennel » 

On exhume un tweet posté après l’attentat de Nice, ainsi qu’une photo d’elle aux côtés de l’association Lallab qui défend le libre choix de porter le voile. En 24 H, Mennel passe du symbole de la diversité, au visage du complotisme et même de l’islamisme. Associations de victimes, personnalités politiques et chroniqueurs de chez Hanouna réclament son retrait du jeu. Sur Facebook et sur RTL, elle se défend, rappelle qu’elle est née à Besançon, qu’elle aime son pays et qu’elle condamne le terrorisme. Inaudible… Cette nuit, elle s’est filmée annonçant qu’elle abandonnait The Voice . A la production, désormais, d’effacer au montage ses prochains passages déjà enregistrés. Ca s’est déjà fait cette année. Sur M6, dans La France a un incroyable talent , on a gommé à l’image la présence de Gilbert Rozon, accusé d’agressions sexuelles.

Alors quelle leçon retiendra-t-on de « l’affaire Mennel » ? Que la France n’est pas prête à regarder à la télé une candidate voilée ? Non. Mais qu’entre la Star Academy et The Voice, quelque chose a changé. Et ce n’est pas les mentalités, plutôt les réseaux sociaux. Qui aurait fouillé les archives des pensionnaires du château de TF1 en 2001 ? Et surtout comment ? Qui nous dit qu’il n’hébergeait pas alors des petits chanteurs ayant encouragé des gros fachos quand ils avaient 16 ans ? Personne. 

Une chaine de télé prend-t-elle plus de risque aujourd’hui lorsqu’elle met en lumière un quidam ? Oui. Pourquoi ? Parce qu’un anonyme, n’est plus un anonyme. Il se présente au public avec – déjà – une histoire médiatique, nourrie d’images et de messages numériques. 

Samedi dernier, TF1, présentait Mennel, comme « étudiante en master pour devenir professeure d’anglais. Pour elle, chanter est une libération. De nature hyper sensible, elle trouve dans la musique un refuge à ses émotions ». Or, ce récit-là, n’est pas celui que Mennel s’est forgée d’elle-même et qu’elle a posté. Les deux narrations s’entrechoquent. Combien d’émissions politiques ayant  joué cette carte ont été rattrapées par la polémique ?  Un simple Français, n’est plus un simple Français, mais une somme d’expériences et de propos qui laissent des traces sur les réseaux et qui contrediront forcément l’identité simplifiée qu’on veut leur assigner à la télé.  

Non, The Voice, n’a pas pris plus de risques en filmant Mennel voilée, plutôt qu’une autre. Tous les quidams ont un passé, si on va le chercher. 

     

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