Tex Avery peut se retourner dans sa tombe, Elmer Fudd ne traquera plus Bugs Bunny armé d’un fusil. Une annonce sans préambule des studios Warner qui sacrifient sur l’autel de la bien-pensance – ou du progressisme, c’est selon – les Looney Tunes : Titi, Grosminet et autres Bip-Bip et Coyote.

Des entrailles de la Warner émerge en ce moment une nouvelle plateforme de vidéo à la demande, HBO Max, qui va abondamment piocher dans le catalogue mythique de sa maison-mère. Mais, dans une Amérique plus violente et plus clivée que jamais, celle-ci a décidé de désarmer deux de ses personnages : le premier est Elmer Fudd, le chasseur chauve et court sur patte qui poursuit sans relâche Bugs Bunny le lapin et Daffy Duck le canard. Il a beau porter un uniforme de la US Army, on lui dégomme son fusil. Quant au second, le moustachu Yosemite Sam, le cowboy nain super taré, terminé les deux flingues à la ceinture ! Une précaution conspuée par les défenseurs du 2ème amendement et les lobbies pro-armes. Rien n’oblige en effet la Warner. Elle agit par conviction. Exactement comme le dessinateur belge Morris avait de lui-même enlevé sa clope à Lucky Luke en 1983, bien avant la loi Evin. « Lucky Luke » ne tombait sous le coup que d’une vieille loi exigeant des publications jeunesse qu’elles ne fassent l'apologie ni de la débauche, ni de la paresse. Rien sur l'alcool ou le tabac. Morris avait simplement senti l’époque changer. D’où le brin de paille mâchonné. Peut-être s'était-il inspiré de l’Américain Bugs Bunny, lapin gris qui – déjà – imitait Groucho Marx en remplaçant son cigare par une grosse carotte.

Mais Bugs Bunny n'est guère un modèle aujourd’hui. Les producteurs suppriment les armes à feu des Looney Tunes, comme ils n'ont cessé d'en gommer les héritages du passé. Notamment, un lot de personnages noirs, caricatures qui firent les délices des écrans américains. Il existe d'ailleurs une liste dite des « 11 censurés », soit autant de dessins animés qui ne sont plus diffusés depuis 1968 tant ils sont jugés racistes. Même Speedy Gonzalez, la souris mexicaine, divise les Latino-Américains. Pionnières des héroïnes non blanches, pour les uns, elle n'en trimballe pas moins un épouvantable cortège de stéréotypes dégradants pour les autres.

Les Looney Tunes ou l'irrésistible inventaire d'une Amérique en son miroir.

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