On en sait plus sur les films et séries que le couple Obama va produire pour Netflix. L’ancien couple présidentiel a créé une maison de production et signé un contrat qui donnera le jour à sep projets dont l’un d’eux, magnifique, a retenu l'attention de Sonia Devillers : "Overlooked" ("négligé" en anglais).

Portrait de Charlotte Brontë (extrait) par  George Richmond (1809-1896)
Portrait de Charlotte Brontë (extrait) par George Richmond (1809-1896) © Getty / UniversalImagesGroup

« Overlooked » est l’adaptation d’une rubrique du New York Times. L’année dernière, le journal a eu l’idée d’éplucher les notices nécrologiques publiées dans ses pages depuis 1851. Constat sans appel : le quotidien a essentiellement rendu hommage aux hommes blancs. Négligées les femmes, négligés les hommes de couleur. 

Avec parfois 160 années de retard, le New York Times écrit les nécros qui auraient dû l’être à l’époque et répare des omissions qui ne relèvent pas de l’oubli mais de choix éditoriaux précisément datés. Chaque période choisit, en effet, ses grands hommes. Et les lacunes d’un journal aussi prestigieux que le New York Times, disent de manière très nette quelle conception de la « grandeur » se fait une société à un instant donné. 

Charlotte Brontë écrit « Jane Eyre » et décède le 31 mars 1855. Pas une ligne. Négligée. Négligées la mathématicienne du XIXe Ada Lovelace, la poétesse Sylvia Plath suicidée en 1963 ou l’immense photographe Diane Arbus morte en 1971. 

La rubrique « négligée, mais pas oubliée » fut lancée un 8 mars, honneur aux femmes. Le projet s’est diversifié et enrichi depuis. Naviguez dans ce cimetière en ligne, il est ouvert à tous et, puisque le journal s’attaque aux limbes de notre mémoire collective, aux impensés de notre société, il fait appel à vous : proposez des noms ! Soyez comme Antigone ! Elle ferrailla pour que ses frères soient dignement ensevelis. Eh bien, battez-vous pour que vos grands morts, ceux qui comptent dans votre esprit, le soient aussi. Ecrire sur leur mort, c’est entériner la valeur qu’à eu leur vie. 

Cette nécropole numérique, bouleversante, donne aussi à réfléchir sur la fonction sociale d’un journal. Ne pas publier, c’est punir d’invisibilité. Cela vaut pour tous les articles. Mais la nécrologie est le seul des registres journalistiques sur lequel on n’a pas le droit de se tromper. Pourquoi ? Parce qu’on ne peut plus, ensuite, se rattraper ! Gallimard a raté Proust puis l’a vite récupéré. Si vous manquez la nécro d’un mort, il ne se passe plus rien après. Fichu. Sauf à force de repentance, de mots et bientôt d’images, à faire renaître nos chers disparus.    

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