Nombre de vidéos ont été tournées pendant les manifs. Elles vont servir de matière aux enquêtes de police judicaire.

Groupe de policiers, face à des manifestants "gilets jaunes", ce samedi 08 décembre 2018 à Paris.
Groupe de policiers, face à des manifestants "gilets jaunes", ce samedi 08 décembre 2018 à Paris. © AFP / Rémy Gabalda

Les manifestants présentent le fait de filmer comme une arme citoyenne, un gage de protection, voire un outil de contre-pouvoir face aux médias et aux forces de l’ordre. Ce qui est vrai par bien des aspects. Toutefois, une vidéo amateur s’avère à double tranchant : elle peut se muer en preuve à charge et en preuve irréfutable lorsqu’on y repère des visages et des faits. 

En cas d’émeutes, le parquet autorise policiers et gendarmes débordés à simplifier la procédure en ne remplissant vite fait et à la main qu’une simple « fiche d’interpellation », lorsqu’ils prennent un suspect en flagrant délit. Or, si ce dernier nie les faits, le document de 5 lignes ne pèse pas lourd au tribunal. Rien à voir avec les enquêtes a posteriori qui commencent aujourd’hui. Des milliers d’heures de vidéos vont être visionnées par la PJ (Police Judiciaire). Trois sources d’images sont réquisitionnées : celles diffusées par les télés, celles des caméras de surveillance de la ville de Paris en HD (ça permet de zoomer sur chaque individu) et enfin, toutes les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux. Les policiers sont désormais formés à cela. Il existe même une brigade spécialisée dans le traitement de ces images

Les profils sélectionnés sur les vidéos seront propulsés via un réseau intranet dans chaque commissariat et gendarmerie de France, ça en fait des gens qui peuvent être reconnus. Ces pistes d’identification seront croisées avec des prélèvements génétiques et des triangulations de téléphones portables. Bref, lorsque les suspects seront cueillis chez eux à l’aube, leurs dossiers se montreront nettement plus épais qu’en comparution immédiate. D’ailleurs, on remarquera que les manifestants prennent conscience de cela et qu’ils sont de plus en plus cagoulés sur les images. Mais bon, il y a quand même des centaines de visages à découvert. 

On notera, par ailleurs, que les flics eux-mêmes apparaissent de plus en plus masqués. Pourquoi ? Parce qu’ils se savent eux aussi surveillés par la multiplication des micro-caméras et que les images tournées par des manifestants ou par des collègues (ça arrive) serviront en cas de commission disciplinaire. Bref, police, justice, manifestant, toute vidéo amateur peut se retourner contre son camp

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